
La Société française pour l’étude de la fertilité : un espace de dialogue au service des sciences de la reproduction
Créée en 1954 par Raoul Palmer et Paul Funck-Brentano, la Société française pour l’étude de la fertilité (SFEF) (initialement Société Nationale pour l’Etude de la Stérilité et de la Fécondité) accompagne depuis plus de sept décennies les profondes transformations des sciences de la reproduction. Les archives scientifiques témoignent de réunions régulières de la Société dès 1955. Dès cette période, la société comptait 240 membres. Quelques médecins étrangers, représentant 12 nationalités (Algérie, Autriche, Belgique, Grèce, Pays-Bas, Italie, Maroc, Mexique, Paraguay, Suède, Syrie, Vietnam) étaient également membres de la société. L’histoire de la SFEF se confond ainsi avec celle d’un domaine qui a connu des avancées majeures, de la compréhension des mécanismes de la fécondation au développement de l’assistance médicale à la procréation et, plus récemment, à l’étude des interactions entre environnement, mode de vie, épigénétique et santé reproductive.
La singularité de la SFEF tient à sa vocation pluridisciplinaire. Elle rassemble des chercheurs et des professionnels issus notamment de la médecine, de la biologie et des sciences vétérinaires, autour d’un même objectif : mieux comprendre les déterminants de la fertilité et favoriser la circulation des connaissances entre recherche fondamentale, recherche translationnelle et pratique clinique.
Au fil de ses colloques et journées thématiques, la Société s’est saisie de questions aussi diverses que la physiologie de la reproduction, l’infertilité masculine et féminine, l’embryon, l’implantation, les techniques d’assistance à la procréation ou encore les conséquences des expositions environnementales et des traumatismes sur la reproduction. Elle joue ainsi un rôle de carrefour scientifique, permettant de confronter disciplines, modèles expérimentaux et approches cliniques, mais aussi d’ouvrir le débat sur les enjeux éthiques et sociétaux associés aux innovations dans ce domaine.
Aujourd’hui, la SFEF est l’une des dix sociétés savantes réunies au sein de la Fédération française d’étude de la reproduction (FFER). Elle contribue ainsi à porter une réflexion scientifique collective sur la fertilité et la santé reproductive, tout en conservant ce qui constitue sa marque historique : une approche largement ouverte et interdisciplinaire de la reproduction.
International Congress of Animal Reproduction, Obihiro, Japon, juin 2026
ICAR 2026 à Obihiro : la reproduction animale à l’heure de l’épigénétique et des biotechnologies
Du 22 au 26 juin 2026, Obihiro, au cœur de la région agricole de Hokkaidō, a accueilli le 20ᵉ International Congress on Animal Reproduction (ICAR). Organisé pour la première fois en Asie, ce rendez-vous majeur de la communauté internationale de la reproduction animale proposait un programme particulièrement dense, structuré autour de cinq sessions plénières, douze symposiums et vingt-quatre workshops.
Cette édition a illustré l’élargissement considérable du champ de la biologie de la reproduction. Épigénétique et programmation développementale, effets de l’environnement maternel et fonction placentaire occupaient une place importante, aux côtés des mécanismes déterminant la fertilité mâle, de la biologie du sperme et du plasma séminal. Les technologies de reproduction restaient au centre des discussions : production embryonnaire in vitro, ovum pick-up et production d’embryons in vitro, insémination artificielle, transfert embryonnaire et maîtrise de la reproduction chez les bovins, porcins et petits ruminants. D’autres sessions se projetaient vers les technologies de demain : manipulation des cellules germinales, cellules souches pluripotentes, édition du génome ou modèles embryonnaires dérivés de cellules souches. Les effets du stress thermique et des contaminants environnementaux sur la fertilité constituaient un autre axe fort. Enfin, plusieurs plénières ont élargi la réflexion à la conservation des espèces sauvages, au biobanking, voire à la « dé-extinction » et à la reproduction des mammifères, en particulier l’humain, dans l’espace.
Au-delà de ses applications à l’élevage, l’un des intérêts majeurs de l’ICAR réside dans sa dimension comparative. La diversité des espèces étudiées — bovins, ovins, porcins, équins, carnivores, animaux sauvages, rongeurs ou espèces aquatiques — permet de distinguer les mécanismes fondamentaux, conservés au cours de l’évolution, des adaptations propres à chaque espèce. Folliculogenèse, gamétogenèse, développement préimplantatoire, implantation, placentation ou programmation épigénétique peuvent ainsi être interrogés à travers des modèles complémentaires. Cette approche est également porteuse d’une forte dimension translationnelle vers la reproduction humaine. Le congrès accueillait des chercheurs issus de facultés de médecine, de centres hospitaliers et de programmes d’oncofertilité : Katsuhiko Hayashi, de la Graduate School of Medicine d’Osaka, a ainsi présenté ses travaux sur la production in vitro de gamètes, tandis que des interventions consacrées à la culture folliculaire, aux modèles 3D de l’appareil reproducteur ou au vieillissement de la fertilité faisaient directement écho aux problématiques de médecine reproductive. Evelyn Telfer (Université d’Edinbourgh), par exemple, a présenté des approches de croissance in vitro des ovocytes développées chez les animaux domestiques mais également dans l’espèce humaine. Cette présence du monde biomédical souligne la continuité des questions scientifiques entre reproduction animale et humaine et l’intérêt des grands animaux comme modèles expérimentaux et translationnels.
La présence française (et de la SFEF) a été particulièrement visible dans le programme oral. Le décompte du programme officiel fait apparaître neuf présentations orales portées par des intervenants affiliés à des institutions ou entreprises françaises, sans compter les seules fonctions de présidence de session : une conférence plénière, cinq interventions dans les symposiums et trois dans les workshops. Pascale Chavatte-Palmer (INRAE) est ainsi intervenue en plénière sur l’adaptation placentaire à l’environnement maternel. Les chercheurs INRAE Hélène Kiefer, Xavier Druart, Sébastien Elis et Marie Saint-Dizier figuraient parmi les conférenciers invités des symposiums, tandis que Guillaume Tsikis présentait une communication orale sélectionnée sur la biologie spermatique. Les workshops comptaient également les interventions d’Eliaou Sellem (INRAE), Chrystelle Le Danvic (ELIANCE) et Federico Randi (CEVA Animal Health). Cette représentation, remarquable pour un congrès mondial, souligne la visibilité internationale des équipes françaises en reproduction animale, notamment dans les domaines de l’épigénétique, de la fertilité mâle, des interactions gamètes–tractus femelle, de la toxicologie de la reproduction et des biotechnologies appliquées à l’élevage.
FIV vs ICSI : une approche originale
FIV versus ICSI : ce que le modèle équin peut apprendre à l’AMP humaine
Comparer les effets propres de la FIV conventionnelle et de l’ICSI sur l’embryon reste étonnamment difficile en médecine de la reproduction humaine. C’est précisément ce qui fait l’intérêt du travail de Klaartje Broothaers et al., publié en 2026 dans Theriogenology. L’étude utilise le cheval comme modèle expérimental pour rechercher, au stade blastocyste, une éventuelle signature transcriptomique liée à la méthode de fécondation.
Chez le cheval, la situation est singulière. Alors que l’ICSI est utilisée depuis près de vingt ans pour produire des embryons in vitro, la FIV conventionnelle n’est devenue réellement reproductible que depuis 2022, grâce notamment à une meilleure maîtrise de la capacitation des spermatozoïdes. Cette évolution récente offre donc une occasion rare de comparer directement les deux méthodes. Les auteurs ont réalisé six sessions d’ovum pick-up chez trois juments et réparti les ovocytes d’une même donneuse entre FIV et ICSI, en utilisant le sperme d’un même étalon. Surtout, ils ont constitué cinq paires de blastocystes “siblings”, l’un obtenu par FIV et l’autre par ICSI, et analysé leur transcriptome par FLASH-seq.
Les résultats sont à première vue paradoxaux. Le taux de clivage est comparable entre FIV et ICSI — 55,0 % contre 51,9 % — mais davantage d’embryons atteignent le stade blastocyste après ICSI : 37,0 % contre 22,5 % rapportés aux complexes cumulo-ovocytaires collectés. En revanche, l’analyse de 11 518 gènes exprimés ne met en évidence aucun gène différentiellement exprimé entre les blastocystes obtenus par les deux techniques. La principale source de variation transcriptomique n’est d’ailleurs pas la méthode de fécondation, mais la jument elle-même ; seules des différences fonctionnelles beaucoup plus discrètes apparaissent dans les analyses d’enrichissement de voies biologiques.
C’est ici que le modèle équin devient particulièrement intéressant pour l’AMP humaine. En clinique, FIV et ICSI ne sont généralement pas attribuées indépendamment du contexte : le choix dépend notamment de la cause d’infertilité et de la qualité spermatique. Les auteurs rappellent d’ailleurs que, hors facteur masculin sévère, des données récentes ne montrent pas de bénéfice de l’ICSI sur le taux cumulé de naissance vivante par rapport à la FIV. Chez la jument, il est possible de dissocier expérimentalement l’effet de la technique de fécondation de celui de la pathologie parentale, tout en travaillant sur des embryons apparentés et dans un grand mammifère dont certains aspects du vieillissement reproductif peuvent constituer un modèle pertinent pour la femme.
L’étude reste néanmoins exploratoire : dix blastocystes, trois juments et un seul étalon ne permettent ni de démontrer l’équivalence biologique des deux techniques, ni d’exclure des différences plus subtiles, notamment épigénétiques. L’absence de gènes différentiellement exprimés ne constitue donc pas, à elle seule, une preuve d’innocuité. Elle ouvre en revanche une perspective particulièrement intéressante : utiliser le cheval pour suivre les conséquences de la FIV et de l’ICSI au-delà du blastocyste — placentation, gestation et santé de la descendance — des questions beaucoup plus difficiles à explorer expérimentalement chez l’humain. Les auteurs de cet article continuent ce projet avec des analyses du méthylome embryonnaire sur de nouveaux embryons FIV et ICSI puis des transferts d’embryons FIV, ICSI ou fécondés in vivo pour étudier le méthylome placentaire et la croissance des poulains, toujours à partir de mêmes parents biologiques pour chaque duo ou trio d’embryons.
Pour la communauté de la FFER, l’originalité du travail est donc moins dans une transposition directe du cheval à l’humain que dans la possibilité offerte par ce modèle de poser expérimentalement des questions que l’AMP humaine, pour des raisons éthiques et cliniques, ne peut que difficilement isoler.
Transcriptomic profiling reveals similarities between equine IVF and
ICSI embryos
Les NAMs (New Approach Methodologies), des outils plus complexes pour étudier la biologie et les pathologies !
Les NAMs (New Approach Methodologies) sont de nouveaux outils de recherche n’utilisant pas les animaux et basés sur des analyses prédictives (in silico, « Omics »…) et des analyses in vitro utilisant des modèles cellulaires avancés. L’objectif est d’améliorer la robustesse scientifique et la pertinence dans l’évaluation des risques (toxicologie).
La rencontre de plusieurs technologies
Pour les analyses in vitro, l’idée générale est de complexifier les modèles pour mimer plus finement un organisme entier, et donc reproduire l’architecture et les fonctions de l’organe in vitro.
Depuis des décennies, les modèles cellulaires in vitro ont permis d’explorer les phénomènes biologiques. Après les lignées cellulaires et les cellules primaires, depuis une quinzaine d’années, des modèles en 3 dimensions plus complexes ont été développés : les sphéroïdes et les organoïdes. Les sphéroïdes sont constitués de cellules primaires qui se réorganisent en sphères et arrivent à maintenir certaines caractéristiques de l’organe dont elles sont issues. En cas de prélèvement de cellules cancéreuses, ces sphéroïdes sont appelées tumoroïdes.
Le prélèvement des cellules du patient pour la création de tumoroïdes et le « screening » des molécules potentiellement actives permet de développer une médecine personnalisée. En France, de nombreuses plateformes se sont mises en place et se sont organisées en un réseau national, le réseau RIBBON (Réseau national de production et de biobanques d’Organoïdes, voir image 1, carte de France des plateformes). https://ribbon.unicaen.fr/
Image 1 : réseau RIBBON des plateformes d’organoïdes en France et des tissus étudiés

Les organoïdes, quant à eux, sont issus d’une cellule souche unique qui se multiplie et donne naissance à une structure auto-organisée. Hans Clever a été le pionnier de cette thématique (https://www.hubrecht.eu/research-groups/clevers-group/). Des organoïdes de tous les organes humains peuvent être créés en prélevant des cellules et en les transformant en cellules souches (« induced Pluripotent Stem Cells », iPSC). En France, le Groupement De Recherche (GDR) CNRS dédié aux Organoïdes, créé en 2021, a permis de fédérer 250 membres répartis dans 70 équipes de recherche.
En parallèle de ces modèles biologiques, de nouveaux systèmes ont été créés depuis une vingtaine d’années : les organes sur puces, utilisant des puces microfluidiques permettant la survie et le développement cellulaires. Ces puces ont bénéficié de la miniaturisation des composés électroniques, du développement des imprimantes 3D pour des designs sur-mesure et de l’amélioration de la qualité des plastiques/silicones pour une meilleure compatibilité cellulaire. En France, le GDR Micro- et Nano-fluidique a permis de fédérer la communauté scientifique pour développer ce domaine émergent. Ce sont des systèmes appelés microphysiologiques (« Microphysiological Systems »), et la société internationale iMPSS (impss.org, image 2) a été créée très récemment, en 2024.
Image 2 : nuage de mots correspondant à la société internationale des systèmes microphysiologiques (international MicroPhysiological Systems Society)

Le développement des NAMS correspond donc à la convergence entre les « Big Data / Omics », les nouveaux modèles in vitro et le raffinement des systèmes microphysiologiques. L’objectif est de développer des outils plus prédictifs de la biologie humaine pour les études fondamentales, les analyses toxicologiques et le développement des molécules thérapeutiques. Réduire le recours à l’expérimentation animale est également un intérêt majeur, et le centre français pour les 3R (Remplacer, Réduire, Raffiner) a été créée en 2021 pour promouvoir les méthodes alternatives et innovantes (fc3r.com).
Pour en savoir + :
- Projet européen de développement des organes sur puces : https://www.eurooc.eu/
- Site européen de sécurité alimentaire (EFSA, European Food Safety Authority) https://www.efsa.europa.eu/en/topics/new-approach-methodologies-nams
Nouveau nom du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK/ PCOS) par consensus international « Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome » ou PMOS – Quelle traduction en Français ?
_ Dr Isabelle CEDRIN DURNERIN
Ce syndrome affecte plus de 170 millions de femmes de par le monde, et la dénomination « Syndrome des ovaires polykystiques » est inappropriée puisqu’il n’y a pas de kystes ovariens pathologiques et qu’elle ne rend pas compte de l’atteinte multi-système de l’affection entrainant des retards au diagnostic et une prise en charge souvent incomplète.
Dans ce contexte, un processus international de consensus a été engagé afin de rechercher une dénomination plus représentative de la maladie faisant apparaitre la dimension endocrinienne et métabolique du syndrome. La lecture de l’article de compte-rendu est riche d’enseignement 1. Les discussions ont impliqué plusieurs milliers de professionnels de santé de diverses spécialités (gynécologues obstétriciens, endocrinologues, généralistes, spécialistes de la nutrition ou de l’exercice, infirmières, sage-femmes, pédiatres, dermatologues, psychologues, biologistes et chercheurs) ainsi que près de dix mille patientes atteintes de la pathologie. L’objectif était de définir un nouveau nom scientifiquement exact, compréhensible pour les patientes, applicable dans différentes langues et culture, non potentiellement stigmatisant excluant les termes directement lié à la reproduction et la fertilité et suffisamment large pour englober l’hétérogénéité clinique du syndrome.
A la suite d’un premier tour de votes en 2025, il ressortait qu’il était préférable de faire évoluer le terme PCOS plutôt que de trouver un nouveau nom. Le second tour de vote en 2026 a retenu les termes « ovarian » plutôt que « ovulatory » car non applicable après la ménopause, « polyendocrine » ou « endocrine » (mais l’acronyme EMOS soulevait des réticences bien que l’aspect psychologique soit important à prendre en compte) et « metabolic » aboutissant à l’adoption de « Polyendocrine Metabolic Ovarian Syndrome » ou PMOS à la quasi-unanimité.
Le terme « ovarien » reste central pour le diagnostic et la prise en charge en fertilité puisque la dysfonction ovarienne touche à la fois la stéroïdogénèse et la maturation folliculaire aboutissant à l’accumulation de follicules en croissance responsable de l’élévation de l’AMH qui fait maintenant partie des critères diagnostiques chez l’adulte. Cette dysfonction est responsable des troubles de l’ovulation et de l’infertilité.
Le terme « polyendocrinien » englobe les multiples anomalies endocriniennes intriquées dépassant largement le cadre de l’ovaire: hyperandrogénie thécale mais aussi surrénalienne, hyperestrogénie par conversion périphérique des androgènes, anomalies neuro-endocrines centrales incluant l’augmentation de la pulsatilité du GnRH et l’élévation de la LH, hyperproduction d’AMH par la granulosa, dysrégulation des adipokines et des hormones intestinales, soulignant le caractère multi-système du syndrome sous tendant les risques de complications de la grossesse et le risque carcinologique de l’endomètre.
Enfin l’ajout du terme « métabolique » bien qu’il soit inclut dans le terme polyendocrinien a sans aucun doute d’importantes vertus pédagogiques puisque l’exploration et la prise en charge métaboliques sont trop souvent laissées pour compte, parfois même malgré la fréquence du surpoids et de l’obésité liée à cette pathologie. Cependant l’insulinorésistance et l’hyperinsulinémie compensatoire sont présentes chez 75 % des individus d’indice de masse corporelle normal (IMC) et la recherche d’un syndrome métabolique doit être systématique chez toute patiente avec un tour de taille > 80 cm quel que soit son IMC. Ces anomalies métaboliques associées à une inflammation de bas grade sous-tendent les complications cardio-métaboliques : anomalies de la tolérance au glucose, diabète gestationnel, stéatose hépatique, diabète de type 2, hyperlipidémie, hypertension artérielle et maladies cardio-vasculaires.
De ce fait, il me semble qu’en français la bonne traduction serait comme en anglais de conserver l’ordre initial des acronymes en remplaçant le K par M soit syndrome ovarien polyendocrinien métabolique ou SOPM plutôt que la traduction littérale du terme anglais SOMP, terme officiel disponible sur le site de la Monash University qui est moins représentatif de la démarche du processus de consensus. Quant au terme SMOP que l’on trouve parfois sur les réseaux sociaux, c’est à mes yeux une hérésie endocrinologique car il sous-entend que l’anomalie métabolique est ovarienne. Or l’hyperinsulinémie est d’origine pancréatique, bien sûr, secondaire à une insulinorésistance périphérique au niveau du muscle et du tissu adipeux alors que la sensibilité à l’insuline de l’ovaire est tout à fait conservée car empruntant des voies de signalisation différentes. L’hyperinsulinémie est responsable au niveau ovarien de l’amplification de l’hyperandrogénie et de l’anovulation.
Ainsi le passage du SOPK/PCOS au SOPM/PMOS représente une volonté de faire évoluer la terminologie d’un nom historiquement fondé sur l’observation morphologique de Stein et Leventhal en 1935 vers une dénomination plus actuelle reflétant la complexité endocrinienne, métabolique et ovarienne du syndrome. D’ailleurs, une phase de transition de 3 ans est prévue avant l’intégration dans les guidelines internationales qui seront mises à jour en 2028. Ce changement de nomenclature doit aussi tenir compte des conséquences à venir sur les critères diagnostiques, la recherche scientifique, les recommandations cliniques, l’information des patients et la communication internationale
Agrandir un échantillon pour mieux le visualiser : la microscopie d’expansion (ExM)
Les techniques de microscopie ont considérablement évolué et continuent à s’enrichir. La microscopie optique en lumière blanche est la plus ancienne et permet d’observer l’histologie d’un tissu comme le développement d’un embryon. Les techniques d’immunohistochimie, en recherche fondamentale comme en anatomo-pathologie, utilisent essentiellement la lumière blanche, en révélant avec un chromogène brun ou rouge de type DAB (3,3′-diaminobenzidine) ou AEC (3-amino-9-éthylcarbazole).
Mais depuis une trentaine d’années, la microscopie à fluorescence a gagné sa place, notamment parce qu’elle s’appuie sur des fluorochromes qui sont devenus de plus en plus stables et variés. Des entreprises telles que Molecular Probes® ont développé des fluorochromes très brillants, dans une large gamme de couleurs, du bleu (longueur d’onde λ 350 nm) au rouge lointain (λ>700nm), avec l’utilisation d’anticorps secondaires très spécifiques mais également des marqueurs pour les organites intracellulaires (mitochondries, endosomes, appareil de Golgi, réticulum endoplasmique…).
En parallèle à l’essor de nouveaux fluorochromes, la microscopie confocale a permis, dès les années 1990-2000, à partir d’une illumination laser très brillante, d’éliminer la lumière parasite pour ne garder que le signal lumineux provenant d’une coupe optique désirée. La coupe n’est plus physique, en paraffine ou congelée, mais devient virtuelle. La technologie confocale a également bénéficié des progrès de l’optique : les lasers argon-ion et hélium-néon installés sur les microscopes il y a 30 ans, chers et ayant une durée de vie limitée, ont été remplacés par des diodes laser, plus durables et abordables et offrant une lumière très brillante.
Progressivement, la nécessité d’observer des échantillons de plus en plus épais, donc de plus en plus opaques et posant des problèmes de pénétration de la lumière, a conduit la technologie confocale à évoluer. En parallèle au développement de structures multicellulaires en 3 D de type sphéroïdes ou organoïdes, la technologie plus rapide « Light-sheet/à feuille de lumière » est apparue (2010-2020), permettant d’observer des échantillons de plusieurs centaines de micromètres sans trop les abimer. La microscopie light-sheet, pour voir à l’intérieur des échantillons, vient compléter les microscopies électroniques à transmission (observation des structures intracellulaires) et à balayage (observation uniquement des détails de surface).
Cette technologie pose néanmoins des problèmes de coût (prix du microscope « Light sheet » et coût de l’heure d’observation) et d’encombrement des serveurs informatiques, en raison du nombre et de la taille des images qu’elle génère.
La microscopie d’expansion est une nouvelle technique de préparation de l’échantillon, qui sera ensuite observé au microscope à feuille de lumière. La préparation avec détection d’une protéine par immunofluorescence passe par 3 étapes (3 jours). Au jour 1, l’échantillon est fixé puis trempé dans un gel à base d’acrylamide pendant plusieurs heures (au minimum 5h, mais à adapter selon la taille de l’échantillon). Au jour 2 a lieu la gélification (1-2h) suivie d’une dénaturation (1h30 à 95°C) puis l’expansion progressive par ajout d’eau. Cette étape conduit à dilater 3 à 5 fois la rondelle de gel. L’échantillon enrobé de gel peut ensuite être incubé pour une nuit dans un anticorps primaire pour détecter la protéine d’intérêt. Au jour 3, après rinçages, l’anticorps secondaire est ajouté, avant de rincer à nouveau et d’observer au microscope.
Contrairement au pré-traitement de transparisation (élution progressive des lipides à l’aide de solvants), qui a été très à la mode il y a une dizaine d’années mais qui pose de gros problèmes de pénétration des anticorps, la technique d’expansion rend plus accessible l’intérieur du tissu en le dilatant et les anticorps y pénètrent bien.
Globalement, ces différentes techniques de microscopie sont complémentaires, selon la taille de l’échantillon à observer et les questions biologiques posées.
Image : Spermatozoïdes bovins liés aux cellules ciliées de sphéroïdes d’oviducte de vache et observés en (A) microscopie confocale, (B) microscopie électronique à balayage et (C) microscopie d’expansion.


