BEST OF ESHRE : comme si vous y étiez !
Résumer 3 jours de congrès, de multiples sessions et symposia simultanés dans des domaines variés de médecine et biologie de la reproduction, chirurgie et échographie gynécologique, andrologie, urologie, endocrinologie, sociologie et éthique, recherches tous azimuts… est évidemment chose impossible. Les auteurs de cette newsletter, ambassadeurs FFER de l’année à l’ESHRE, prennent donc ici la liberté de donner un aperçu de leurs « coups de cœur », sans aucun mépris évidemment pour de multiples présentations que d’autres auraient pu juger autant, voire plus essentielles, certainement par ailleurs sur des outils numériques variés de replay ou sous la plume d’autres « envoyés spéciaux ».
Nous partageons pour débuter des extraits de la présentation introductive à l’occasion des 40 ans de Human Reprod : L26/O-002 Forty years of Human Reproduction : building evidence, challenging practice, raising standards, par K. Kirkegaard1, C. Barratt
2026 est une année spéciale pour Human Reproduction : notre 40e anniversaire—le premier numéro ayant été publié le 1er janvier 1986. Pour célébrer cette étape importante, nous avons identifié un article de données marquant pour chacune des décennies, accompagné de commentaires invités d’un des auteurs originaux.
Chaque article a fait progresser le domaine grâce à une innovation véritable tout en maintenant une rigueur scientifique—une combinaison qui a permis à leurs découvertes de perdurer et d’influencer la pratique clinique plusieurs décennies plus tard. Le Journal Club de l’ESHRE (lundi 6 juillet) a présentéune analyse approfondie des cinq articles, incluant une évaluation des éléments qui les ont rendus remarquables. (L26/O-049 1980’s – Embryo metabolism article, G. Liperis…L26/O-051 1990’s – ICSI in clinical outcomes article, D.-R. Kalaitzopoulos…L26/O-053 2000’s – Fertility preservation ovarian tissue article, A. Anastasi…L26/O-055 2010’s Number of oocytes to maximize CLBR article, N. Salmeri…L26/O-057 2020’s ovarian aging and oxidative damage article, S. Ribeiro…
Tout en reconnaissant et célébrant notre passé, nous devons aussi projeter notre vision du futur. Beaucoup de choses ne changent pas, et nous continuerons de célébrer le principe fondamental qui guide ce journal depuis ses débuts : faire progresser la médecine de la reproduction à travers une science innovante et digne de confiance.
Cet engagement envers l’intégrité scientifique n’a jamais été aussi crucial. La médecine reproductive suscite un vif intérêt public et, inévitablement, un risque de désinformation. Les affirmations non validées sur les traitements de fertilité, la traduction prématurée de résultats expérimentaux, et les rapports sélectifs menacent à la fois les soins aux patients, la confiance du public et l’intégrité de notre discipline. Dans ce contexte, notre rôle est clair : ne publier que des recherches respectant les plus hauts standards méthodologiques et fournissant des preuves transparentes et reproductibles.
Cette vision s’aligne parfaitement avec la mission fondamentale de Bob (Bob Edwards) : publier des articles scientifiques et cliniques de haute qualité à portée mondiale. Une science digne de confiance, soumise à une évaluation critique, constitue la base essentielle pour l’avenir
A/ SELECTION BEST OF CLINIQUE par Sylvie Epelboin
1/ Santé et développement des enfants conçus par AMP
Parmi les posters présentés, (et certains sélectionnés pour communication orale (CO)), plusieurs études observationnelles nordiques sur la question de la santé et du développement des enfants conçus par AMP dont 3 ont particulièrement attiré notre attention :
L26/O-094 Fetal growth trajectories after conception with medically assisted reproduction – a nationwide cohort study ; D Arce Saez, ASL Kjaer, D Vassard, CK Ekelund, A. Pinborg
Cette belle étude danoise se donne pour objectif d’explorer sur une large cohorte populationnelle de 503 235 grossesses uniques (2008–2018) dont 5.4% issues d’AMP, les courbes intitulées « trajectoires » de croissance fœtale selon le mode de conception: TEC (transfert d’embryon congelé, n=4 204), TEF (transfert d’embryon frais, n= 12 778), IIIU (insémination intra‑utérine, n=10 117) versus conception naturelle (CN, n= 476 136), les techniques d’AMP ayant précédemment été associées dans la littérature à une diminution comme à une augmentation du poids de naissance (PN) moyen, susceptible d’ affecter la santé à long terme des enfants.
Les méthodes associaient des mesures standardisées en z‑scores par âge gestationnel : 1er trimestre (longueur cranio‑caudale), 2e trimestre (poids fœtal estimé), naissance (poids de naissance), des modèles multivariés ajustés (âge maternel, IMC, parité, sexe fœtal, tabac, diabète pré‑gestationnel) pour estimer les écarts en pourcentage vs CN.
Les résultats marquants dans les temps de la grossesse sont les suivants :
- Les contrastes ajustés ont montré une croissance fœtale significativement plus élevée dans tous les groupes AMP par rapport aux CN pendant le premier trimestre (TEC 4,11 %, transfert frais 1,99 %, IIU 2,74 %, tous p<0,01) et le deuxième trimestre (TEC 4,21 %, transfert frais 1,62 %, IIU 2,16 %, tous p<0,01).
- À la naissance, les contrastes ajustés étaient significativement augmentés pour le groupe TEC (3,49 %, IC à 95 % 2,95 à 4,02 ; p<0,01), significativement diminués pour le transfert frais (−0,74 %, IC à 95 % −1,04 à −0,44; p<0,01) et non significatifs pour l’IUI (−0,11 %, IC à 95 % −0,45 à 0,24; p=0,86) par rapport aux CN.
Parmi les limites majeures figurent l’absence de données cliniques sur le protocole de préparation endométriale et biologiques sur le stade embryonnaire
Les conclusions en l’état indiquent que les déviations de croissance émergent tôt en AMP et divergent selon la technique : le profil TEC conserve un poids de naissance plus élevé, alors que TEF et IUI montrent un ralentissement au 3e trimestre. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour clarifier ces mécanismes sous-jacents du déclin de la croissance tout au long du troisième trimestre par rapport aux conceptions naturelles.
L26/P-881Upper secondary school achievement in young adults born after assisted reproductive technology( ART)-a national register-based cohort study N.Sargisian, M.Petzold, E.Norrman, S.Malchau-Lauesgaard, C.Bergh, U.B.Wennerholm,
Une étude de cohorte nationale suédoise (naissances 1987–2002, suivi jusqu’à 21 ans) avait pour objectif de comparer les résultats scolaires au lycée entre 17 463 individus nés après AMP et 1 490 153 nés après conception naturelle (CN).
Le contexte connu pour les enfants conçus par AMP est celui d’un risque plus élevé d’issues périnatales défavorables (prématurité, faible poids de naissance), malgré lequel les études précédentes montrent des performances scolaires en primaire/collège généralement similaires après ajustements ; les données au lycée et au-delà étaient jusqu’ici limitées.
Le critère principal était l’obtention du diplôme du secondaire avec éligibilité universitaire. Les analyses étaient ajustées sur le sexe, l’année de naissance et le niveau d’éducation parentale.
Les principaux résultats étaient les suivants :
- Admissibilité au lycée : 93,9% (AMP) vs 90,5% (CN); aOR 1,42 (IC95% 1,33–1,52).
- Parmi les admissibles, diplôme avec éligibilité universitaire : 76,4% (AMP) vs 71,7% (CN); aOR 1,36 (IC95% 1,28–1,43).
- Les parents du groupe AMP étaient en moyenne plus âgés et plus diplômés ((à 16 ans de l’enfant : 42,7% mères et 34,6% pères hautement diplômés dans le groupe AMP vs 34,6% et 21,7% dans le groupe CN).
Ces résultats indiquent l’absence de signal d’effet négatif de l’AMP sur la réussite au lycée ; au contraire, une probabilité légèrement plus élevée d’atteindre l’éligibilité universitaire. Les auteurs soulignent les limites que représentent le caractère observationnel de l’étude sur registres et les changements de systèmes de notation au fil du temps, et indiquent que des analyses par fratries et sous-groupes sont en cours.
Néanmoins la conclusion actuelle et ajustée de cette étude à large spectre est plus que rassurante sur les performances de jeunes nés après AMP, au moins équivalentes, souvent supérieures, à celles de ceux de conception naturelle au moment clé de l’accès à l’université.
Une étude prospective sur 10 ans, présenté par une équipe universitaire de Florence, visant à d’évaluer la sécurité ainsi que les issues obstétricales et néonatales des grossesses issues de don d’ovocytes (DO) en fonction de l’âge maternel mérite d’être évoquée dans ce chapitre
L26/O-095 Age limits for safe pregnancy in oocyte donation: evaluating the increased incidence of maternal and neonatal complications beyond natural reproductive limits, par M. Volotovskaya , et al., Italie
L’utilisation du don d’ovocytes (DO) a fortement augmenté ces dernières décennies et constitue désormais une partie intégrante des traitements de la fertilité chez les femmes, en particulier celles d’âge maternel avancé.
Selon le Registre National de FIV (ISS), le DO représente actuellement 10 % de toutes les procédures de procréation médicalement assistée en Italie, avec une moyenne d’âge maternel rapportée de 41,9 ans en 2022. Si l’âge maternel est un facteur de risque non modifiable pour les complications obstétricales et néonatales, une approche multidisciplinaire incluant une surveillance intensive et des protocoles individualisés a permis d’améliorer significativement les résultats. Cependant, ces risques ne sont pas totalement éliminés.
Cette étude prospective analyse les issues des grossesses issues de DO entre mai 2015 et août 2024. Pour les patientes de moins de 45 ans, les transferts comprenaient soit un blastocyste unique, soit deux embryons au stade de clivage. Au total, 550 grossesses et nouveau-nés uniques ont été analysés. Les critères d’inclusion concernaient des grossesses uniques. Les résultats obstétricaux et périnataux ont été évalués et stratifiés selon l’âge maternel : ≤ 44 ans (n = 372), 45–46 ans (n = 98), 47–49 ans (n = 67) et ≥ 50 ans (n = 13).
Le groupe d’âge ≤ 44 ans présentait les meilleures issues obstétricales et périnatales. Les patientes âgées de 45–46 ans présentaient des taux significativement plus élevés de complications que le groupe ≤ 44 ans, notamment : diabète gestationnel (28,6 % vs 11,0 %, p < 0,05), prééclampsie (18,4 % vs 3,8 %, p < 0,05), cholestase gravidique (6,1 % vs 3,0 %, p < 0,05) et hémorragie post-partum nécessitant transfusion (7,1 % vs 1,9 %, p < 0,05). Les taux de césarienne étaient plus élevés (86,7 % vs 58,1 %, p < 0,05) et les naissances prématurées plus fréquentes (27,6 % vs 8,3 %, p < 0,05) dans le groupe plus âgé. L’accouchement par voie basse était nettement moins fréquent (13,3 % vs 50,8 %). Les complications augmentaient avec l’âge : dans le groupe 47–49 ans, le diabète gestationnel atteignait 35,8 % et la prééclampsie 23,6 %. Chez les patientes ≥ 50 ans, le diabète gestationnel et l’hémorragie post-partum touchaient chacune 38,5 % des femmes, et 46 % des nouveau-nés étaient prématurés. Les taux de césariennes atteignaient 91 % chez les 47–49 ans et 100 % chez les ≥ 50 ans.
Les grossesses issues de don d’ovocytes chez les femmes de 45 ans et plus présentent une fréquence significativement plus élevée de complications obstétricales et néonatales (diabète gestationnel, prééclampsie, hémorragie post-partum, naissance prématurée), compromettant la sécurité maternelle et néonatale. Les auteurs concluent que ces grossesses nécessitent une prise en charge obligatoire dans des unités de grossesses à haut risque afin d’assurer une surveillance spécialisée et de réduire le risque de complications potentiellement mortelles pour la mère et l’enfant.
Ou bien fixer une limite de prise en charge à 45 ans ?????
2/ Préservation de la fertilité
La session FERTILITY PRESERVATION ACROSS THE LIFESPAN ou préservation de la fertilité tout au long de la vie
a abordé divers aspects de la préservation de la fertilité, notamment :
- Les résultats reproductifs à long terme chez les survivants de cancers pédiatriques et adolescents.
- Les issues après autoconservation ovocytaire planifiée, avec une étude nationale de cohorte sur plus de 12 000 cycles.
- La restauration de la fertilité après traitement gonadotoxique, incluant la première transplantation autologue de tissu testiculaire immature cryoconservé chez l’humain.
- L’évaluation du nombre d’ovocytes cryoconservés « suffisants » pour la préservation de la fertilité, intégrant un modèle probabiliste avec une intelligence artificielle basée sur la morphologie ovocytaire et l’aneuploïdie dépendante de l’âge.
- Les résultats de la cryoconservation ovocytaire chez les femmes transgenres et de genre-divers, en relation avec le traitement hormonal affirmant le genre.
- L’impact de la chimiothérapie sur la réserve ovarienne chez les femmes préménopausées atteintes de cancer du sein, traitées avec ou sans cryoconservation de tissu ovarien pour la préservation de la fertilité.
Parmi ces thèmes, notre sélection plus détaillée :
L26/O-034 Long-term reproductive outcomes in survivors of childhood and adolescent cancer: a population-based study using linkage of national registers; M Das, C Wang, S Oberg – SELECTED ORALCOMMUNICATIONS SESSION 07:FERTILITY PRESERVATION ACROSS THE LIFESPAN
Cette étude de population suédoise par chaînage de registres nationaux avait pour objectif d’évaluer les capacités reproductives à long terme après un cancer de l’enfance et de l’adolescence dans l’hypothèse que les survivants d’un cancer avant 20 ans peuvent présenter des atteintes gonadiques liées à la maladie ou aux traitements, avec un impact potentiel sur la fertilité, les données populationnelles robustes sur la fécondité, le recours à l’AMP, et les issues de grossesse, restant limitées.
La méthodologie constituait en l’inclusion de toutes les personnes nées entre 1958 et 1982, l’identification des cancers avant 20 ans (n=8 870). Les témoins étaient la population générale (n≈2,36 millions) et les sœur/frère non atteints. Les indicateurs retenus étaient la probabilité cumulée d’avoir au moins un enfant biologique entre 20 et 45 ans, l’infertilité, le recours à l’AMP et les issues de la première naissance (régressions logistiques). Ajustement sur l’année de naissance ; analyses intrafamiliales contrôlant les facteurs partagés.
Les résultats majeurs pour les survivants de cancer avant 20 ans vs population générale étaient les suivants :
- Fécondité réduite : hommes 55% vs 76%, femmes 75% vs 85%
- Infertilité et recours à l’AMP plus fréquents, surtout chez les hommes : OR infertilité 1,79 (IC95% 1,63–1,97) et AMP 2,64 (2,28–3,06); chez les femmes : 1,23 (1,13–1,35) et 1,36 (1,15–1,61).
- Excès de risque persistant en comparaison intrafamiliale, pour cancers pré- et post-pubertaires, stable selon les cohortes.
- Chez les femmes survivantes : risque accru de prématurité vs population générale [OR 1,36 (1,21–1,54)]; différence non retrouvée vs sœurs non atteintes.
Les limites de cette large étude représentative, regrettées par les auteurs, sont les absences de détails sur les schémas thérapeutiques individuels, empêchant d’attribuer les effets à des traitements spécifiques.
Leur conclusion globale, néanmoins, est que par rapport à la population générale, les survivants d’un cancer de l’enfance/adolescence sont moins susceptibles d’avoir un enfant biologique et recourent davantage à l’AMP, avec un impact plus marqué chez les hommes. Les femmes survivantes présentent un sur-risque de prématurité à la première naissance. Une surveillance reproductive au long cours et un conseil dédié sont indiqués pour l’information et la prise en charge
L26/O-035 Age-related outcomes after planned oocyte cryopreservation: a 12-year national cohort study of over 12,000 cycles M. Shavit , K. Buzaglo , M.H. Dahan
Cette étude rétrospective de cohorte, a utilisé les données d’un registre national d’AMP afin d’évaluer tous les cycles de cryoconservation ovocytaire autologue programmée réalisés au Canada entre janvier 2013 et décembre 2024, avec un suivi longitudinal des cycles de réchauffement/décongélation ovocytaire qui leur étaient associés.
Tous les cycles de cryoconservation ovocytaire autologue élective utilisant la vitrification ont été inclus ; les indications médicales ont été exclues. Les critères étudiés comprenaient le nombre d’ovocytes recueillis ; la survie ovocytaire après décongélation ; la fécondation ; le développement embryonnaire ; les résultats en termes de grossesse. Les comparaisons selon l’âge ont été réalisées à l’aide d’analyses de variance (ANOVA) et du test du χ².
Au total, 12 891 prélèvements ovocytaires dans le cadre d’une cryoconservation programmée ont été rapportés à l’échelle nationale au cours de la période étudiée, avec une augmentation de plus de dix fois du nombre annuel de cycles. Malgré cette forte croissance, seuls 208 cycles de décongélation (3,3 %) ont été réalisés, confirmant le faible recours ultérieur aux ovocytes conservés.
Le nombre d’ovocytes obtenus diminuait significativement avec l’augmentation de l’âge au moment du prélèvement : <35 : 15.3 ; 35-37 : 13.7 ; 38-40 : 11.7 ;>=43 : 8 P < 0,001
Parmi les 2 459 ovocytes décongelés, le taux global de survie était de 81,5 % et le taux de fécondation de 74,5 %. Les deux paramètres diminuaient significativement avec l’âge au moment de la congélation. La survie restait relativement stable jusqu’à 40 ans, puis diminuait avec l’augmentation de l’âge :< 35 ans : 85,2 % ; 35–37 ans : 79,4 % ; 38–40 ans : 83,9 % ; 41–42 ans : 70,0 % ; ≥ 43 ans : 68,0 %, P < 0,001
Le taux de fécondation diminuait également progressivement avec l’âge au moment de la congélation :< 35 ans : 84,1 % ; 35–37 ans : 76,1 % ; 38–40 ans : 74,3 % ; 41–42 ans : 65,1 % ; ≥ 43 ans : 64,4 % P < 0,001
Au total, 219 transferts embryonnaires ont été réalisés et ont abouti à 70 naissances vivantes, soit un taux de naissance vivante de 32,9 % par transfert. Les taux de naissance vivante par transfert diminuaient avec l’âge, mais cette différence n’était pas statistiquement significative (P = 0,73), probablement en raison du faible nombre de cycles de décongélation disponibles.
Ces données nationales fournissent des données en conditions réelles utiles pour le conseil des patientes envisageant une cryoconservation ovocytaire programmée. Elles soulignent notamment l’importance de l’âge au moment de la congélation sur les performances des ovocytes après décongélation et renforcent l’intérêt d’une préservation de la fertilité à un âge plus jeune.
Point particulièrement intéressant à retenir : l’étude montre deux effets distincts de l’âge : avec l’âge, le nombre d’ovocytes obtenus diminue, et, parmi les ovocytes congelés, leur survie et leur capacité de fécondation diminuent également. En revanche, l’impact sur le taux de naissance vivante n’a pas pu être démontré statistiquement dans cette cohorte, essentiellement en raison du faible nombre d’ovocytes effectivement utilisés.
Parmi les nombreux-ses communications et posters sur PPOS, ou plus largement sur les protocoles de stimulation en vue de freeze all, nous avons retenu cette métaanalyse d’auteurs multinationaux évaluant l’efficacité comparée de la stimulation ovarienne programmée par progestatif orale à base de didrogesterone (PPOS) et les protocoles antagonistes de la GnRH (GnRHant), chez des femmes suivant un protocole de FIV avec freeze-all électif.
L26/P-817 Oral dydrogesterone versus gonadotropin-releasing hormone antagonists for pituitary suppression in freeze-all assisted reproductive technology: a systematic review and meta-analysis, par E. Goksan Pabuccu , C. Blockeel , et al.
Les recommandations actuelles de l’ESHRE reconnaissent les protocoles à base de progestatifs comme une alternative aux protocoles GnRHant pour la suppression pituitaire dans les cycles de freeze-all électifs, sans toutefois recommander spécifiquement une comparaison directe entre les deux. Des études ont démontré l’efficacité du PPOS à base de didrogesterone pour prévenir la montée prématurée de LH et obtenir des résultats satisfaisants. Cependant, aucune méta-analyse n’avait encore comparé systématiquement le PPOS à base de didrogesterone aux protocoles GnRHant, qui restent la référence la plus utilisée.
Cette revue systématique et méta-analyse a inclus des essais contrôlés randomisés et des études observationnelles chez des femmes de 18 à 45 ans programmées pour un cycle de FIV avec freeze-all. Les protocoles fixes étaient définis par une désensibilisation hypophysaire débutant à un moment prédéterminé, indépendamment du développement folliculaire ou des taux de LH ; pour le PPOS, l’administration du progestatif débutait au jour 2 ou 3 de stimulation.
Les critères d’inclusion comprenaient le taux d’élévation prématurée de LH, le nombre d’ovocytes récupérés, le taux d’annulation, et le taux de grossesse clinique. La méta-analyse a été réalisée avec des modèles à effets aléatoires utilisant les packages R (meta et metafor), avec des résultats exprimés en estimations d’effet groupées et IC à 95 %. L’analyse principale incluait l’ensemble des patientes sous protocole fixe, avec une sous-analyse pour les normorépondeuses. Les analyses des essais randomisés et des études observationnelles ont été faites séparément pour vérifier la robustesse des résultats.
Au total, 18 études ont été incluses. Aucun écart statistiquement significatif n’a été observé entre didrogesterone et GnRHant pour tous les critères cliniques majeurs : montée prématurée de LH (12 études), nombre d’ovocytes récupérés (14 études), taux d’annulation (6 études) ou taux de grossesse clinique (11 études). Dans la sous-population des normorépondeuses, les résultats étaient comparables entre les deux protocoles. Les analyses séparées des essais randomisés et des études observationnelles confirmaient ces résultats. Dans la plupart des études, la dose de didrogesterone était de 20 mg/jour (dans deux études 30 mg/jour). Le blocage de l’ovulation était efficace avec les deux dosages. Les limites soulignées sont la rareté des études retenues (18), de l’évènement pic de LH prématuré, la variation des protocoles, et le caractère observationnel de beaucoup de données, réduisant la force des conclusions causales et des comparaisons de sous-groupes.
Néanmoins, cette première méta-analyse spécifique à la didrogesterone confirme les recommandations de l’ESHRE selon lesquelles la suppression pituitaire à base de progestatifs est aussi efficace que celle basée sur GnRHant dans le cadre d’un freeze-all électif. En tant qu’agent oral avec un profil hormonal physiologique similaire, le didrogesterone offre une alternative moins coûteuse, plus pratique pour les patientes, plus respectueuse de l’environnement, et cliniquement efficace par rapport aux traitements antagonistes injectables.
3/ PMOS (polyendocrine metabolic ovarian syndrome -SOPK
Bien sûr, de nombreuses sessions et communications ont porté sur le SOPK nouvellement dénommé SOMP, impossibles à toutes rapporter, dont une le 6 juillet 2026 intitulée : « What is new in PCOS? »
Parmi les présentations,, une étude originale :
L26/O-012 : “Impaired uterine developmental programming in PCOS: impact of reduced dimensions and morphological anomalies on ART pregnancy loss” , par Y. Xie (Yun Xie), Y. Hu et X. Liang
L’hypothèse est que Le SOPK étant une affection endocrino-métabolique caractérisée notamment par l’hyperandrogénie, la croissance et la différenciation de l’utérus pendant la puberté nécessitant un équilibre entre les signalisations œstrogénique et progestative, un SOPK débutant précocement pourrait donc influencer le développement et la morphologie utérine, ces modifications ayant une influence sur les résultats de l’AMP.
Il s’agit d’une étude rétrospective avec appariement par score de propension, portant sur 2 414 femmes infertiles présentant un SOPK et 2 414 témoins sans SOPK, prises en charge dans un centre universitaire entre janvier 2022 et janvier 2025. L’appariement 1:1 a été réalisé selon l’âge, la durée et le type d’infertilité, le type de cycle de transfert et le jour de culture embryonnaire. Les dimensions, le volume et la morphologie de l’utérus ont été évalués par échographie 3D.
Chez les femmes bénéficiant du transfert d’embryons, les critères étudiés étaient notamment la grossesse biochimique, la grossesse clinique, la fausse couche et la naissance vivante.
Les résultats sont particulièrement intéressants :
- Après appariement, les femmes ayant un SOPK avaient une longueur utérine plus faible ; des diamètres antéro-postérieur et transversal plus petits ; et donc un volume utérin significativement inférieur :32,6 mL [24,9–41,6] contre 38,3 mL [29,4–47,8] chez les témoins. Les anomalies morphologiques utérines étaient également plus fréquentes dans le groupe SOPK : 14,5 % contre 9,7 %. Cette différence était principalement liée à une plus grande fréquence d’une indentation fundique correspondant à un utérus arqué : 4,1 % contre 0,6
- Après transfert d’embryons, le taux de grossesse biochimique, 66,9 % vs 61,9 %, et de fausse couche (15,4 % vs 12,9 %, ) étaient plus élevés dans le groupe SOPK ; par contre il n’y avait pas de différence significative en termes de grossesse clinique ou naissance vivante:
Les limites de cette étude sont ses caractères rétrospectif et monocentrique, l’appariement des facteurs de confusion résiduels peuvent persister, et les données détaillées concernant le profil hormonal et métabolique ainsi que le suivi longitudinal n’étaient pas disponibles.
Néanmoins :
Les auteurs proposent de considérer le SOPK comme une affection pouvant également affecter la « programmation développementale » de l’utérus. L’augmentation du risque de fausse couche pourrait justifier une caractérisation utérine par échographie 3D avant la conception.
Dans cette même session une communication de Joyce Sung fait le point sur l’intérêt de l’inositol en cas de PCOS – PMOS : “Inositol supplementation in polycystic ovary syndrome (PCOS): a systematic review of randomised controlled trial focusing on data integrity.”
L’inositol est très largement utilisé dans le SOPK/PMOS, avec des bénéfices annoncés sur les paramètres métaboliques, hormonaux et reproductifs. Joyce Sung et al. ont réalisé une revue systématique des essais randomisés en s’intéressant spécifiquement à l’intégrité et à la fiabilité des données pour répondre à la question: peut-on réellement faire confiance aux essais randomisés sur lesquels reposent ces affirmations ?
La revue a inclu 30 essais randomisés évaluant l’inositol chez des femmes présentant un SOPK/PMOS en examinant la qualité méthodologique des essais, l’enregistrement préalable des études, la cohérence et la reproductibilité des analyses statistiques, la répartition des caractéristiques initiales entre les groupes, la plausibilité statistique des valeurs de p au moment de l’inclusion.
Sur les 30 essais, seuls 3 essais satisfaisaient les critères prédéfinis de fiabilité/trustworthiness. Ainsi, la grande majorité des essais sur lesquels reposent les conclusions concernant l’efficacité de l’inositol dans le SOPK présentent des problèmes potentiels d’intégrité des données ou de méthodologie.
Autrement dit, l’étude ne dit pas que l’inositol est inefficace : elle montre surtout que le niveau de confiance que l’on peut accorder aux preuves actuellement disponibles est faible. La conclusion est donc beaucoup plus prudente que les nombreuses publications ou recommandations commerciales qui présentent l’inositol comme un traitement bien établi du SOPK.
4/ Divers implantation embryonnaire
Une étude originale sur le scratching endométrial a attiré notre attention (poster P-516, Emma Preeresman, Utrecht, the Netherlands), portant non pas, cette fois-ci sur l’efficacité d’un traitement, mais sur son inocuité.
Pour rappel, le scratching endométrial consiste à réaliser une lésion superficielle de l’endomètre avant la conception afin d’améliorer l’implantation embryonnaire. Si les essais récents n’ont pas démontré de bénéfice sur les taux de grossesse, son éventuel impact sur le déroulement de la grossesse restait peu documenté, et son évaluation est l’objet de cette étude néerlandaise issue du suivi des participantes de l’essai randomisé SCRaTCH-OFO. Celle-ci a a inclus des femmes présentant une infertilité inexpliquée avec une estimation de bon pronostic de conception naturelle. Parmi les femmes ayant obtenu une grossesse, 169 accouchements ont été analysés : 79 dans le groupe scratching et 90 dans le groupe contrôle.
Le critère principal était un critère composite de complications obstétricales liées à une anomalie de placentation (prééclampsie (PE), hypertension gravidique (HTAg), retard de croissance fœtale (RCIU), hématome rétroplacentaire (HRP) placenta prævia (PP) ou accreta (PA)). Les auteurs ont également étudié les principales issues néonatales : prématurité, poids de naissance, petit poids pour l’âge gestationnel, admission en unité de soins intensifs néonatals et anomalies congénitales.
Après ajustement sur l’âge maternel, l’IMC et le tabagisme, aucune différence statistiquement significative n’a été observée entre les deux groupes, ni pour la prématurité (OR ajusté 0,83 ; IC95 % 0,34–2,01), le mode de naissance, ni pour les autres complications obstétricales, notamment de la série placentaire et vasculaire (FE-HTAg-HRP-PP-PA …), ou néonatales.
Conclusion : Chez des femmes ayant une infertilité inexpliquée et un bon pronostic de grossesse, le scratching endométrial n’est pas associé à une augmentation des complications obstétricales ou néonatales. Ces résultats sont rassurants quant à la sécurité de la procédure, même si, comme le rappellent les auteurs, ils ne remettent pas en cause l’absence de bénéfice démontré du scratching sur les chances de grossesse.
Dans le domaine de l’implantation embryonnaire, une étude d’IVIRMA (Cozzolino M. et al. (IVIRMA Global Research Alliance), P-490) s’intéresse à l’amélioration des endomètres fins par instillation intra-utérine de plasma riche en plaquettes (PRP) autologue. L’endomètre fin (≤ 6,9 mm) est associé à une diminution des taux d’implantation et de grossesse en AMP. Le PRP, riche en facteurs de croissance, est proposé pour favoriser la prolifération endométriale, mais les données disponibles reposent principalement sur de petites études.
Cette étude rétrospective multicentrique a analysé 280 transferts embryonnaires réalisés entre janvier 2020 et janvier 2024 chez des femmes présentant un endomètre de 3 à 6,9 mm avant le transfert. Les patientes ayant reçu une instillation intra-utérine de PRP autologue ont été comparées à un groupe témoin. Les auteurs ont évalué l’évolution de l’épaisseur endométriale ainsi que les résultats reproductifs après ajustement sur les principaux facteurs de confusion.
Le PRP a été associé à une augmentation significativement plus importante de l’épaisseur endométriale avant le transfert (+0,95 ± 0,99 mm contre +0,16 ± 0,77 mm dans le groupe contrôle ; p < 0,001). Après ajustement, le PRP était également associé à une amélioration des résultats en termes de grossesse clinique [OR ajusté 2,39 (IC95 % 1,08–5,40 ; p = 0,03)], et naissance vivante [OR ajusté 2,79 (IC95 % 1,10–7,03 ; p = 0,03)].
Chez les patientes présentant un endomètre fin, l’instillation intra-utérine de PRP autologue semble associée à une augmentation de l’épaisseur endométriale et à une amélioration des taux de grossesse clinique et de naissance vivante, et pourrait constituer une option thérapeutique prometteuse chez des patientes soigneusement sélectionnées. Il s’agit néanmoins d’une étude rétrospective, d’effectif relativement limité (280 transferts) et non d’un essai randomisé. Ces résultats doivent donc être interprétés avec prudence avant de modifier les pratiques cliniques, et obtention de résultats identiques lors d’études prospectives randomisées.
Adénomyose et implantation ont fait l’objet d’une belle présentation anglaise confirmant à large échelle l’effet délétère de cette pathologie sur les succès en AMP
L26/O-020 Adenomyosis and pregnancy outcomes in women undergoing assisted reproductive technology (ART): a prospective multicentre cohort study (AdAPT-ART), par I. Mishra et al;
L’adénomyose est associée à des résultats connus de grossesse plus défavorables, depuis l’implantation embryonnaire jusqu’à la naissance à terme, dans les cycles utilisant des ovocytes autologues ou de donneurs, ainsi que lors de transferts d’embryons euploïdes, mais les preuves restent contradictoires. Il est difficile de savoir si ces effets sont dus à une pathologie intrinsèque de l’utérus ou s’ils sont liés à des facteurs gamétiques ou embryonnaires. La plupart des études évaluent l’adénomyose comme un diagnostic binaire, sans étudier les effets spécifiques des différents phénotypes. La stratification selon des facteurs importants liés à la PMA, comme la source des ovocytes, le statut de ploïdie de l’embryon, et les phénotypes définis par la déformation de la cavité, l’implication myométriale et la sévérité, reste insuffisante.
Cette étude de cohorte prospective multicentrique a été réalisée sur 20 mois (juin 2022 – février 2024) dans huit centres de procréation assistée. Au total, 16 042 femmes (18-45 ans) ont été dépistées pour l’adénomyose par échographie vaginale en 2D et 3D. Parmi elles, 813 femmes éligibles ont été incluses : 363 avec adénomyose (452 cycles initiés, 559 transferts) et 450 sans adénomyose (504 cycles initiés, 549 transferts). Les femme présentant des fibromes, malformations utérines, hydrosalpinx non traités, ou antécédents de myomectomie ou adénomyectomie ont été exclues. L’adénomyose était diagnostiquée par la présence d’au moins un critère MUSA (Morphological Uterus Sonographic Assessment) à l’échographie avant traitement. Une régression de Poisson modifiée avec analyses multivariées a été utilisée pour estimer les effets par patiente, cycle initié et transfert. Des analyses stratifiées ont été faites selon le phénotype et les facteurs liés à la PMA.
Les transferts chez les femmes avec adénomyose étaient associés à un risque relatif ajusté plus faible de grossesse (0,70), grossesse clinique (0,65) et naissance vivante (0,36), ainsi qu’à un risque accru de fausse couche (4,73) et de perte de grossesse (3,58) par rapport aux contrôles. Ces résultats étaient cohérents , qu’on analyse les données par patiente ou par cycle. Le taux de naissance vivante restait plus faible dans les transferts impliquant des ovocytes de donneuses (0,42) et d’embryons euploïdes (0,38). Le risque de fausse couche était environ 5 fois plus élevé dans ces sous-groupes (transferts avec don d’ovocytes 4,68 ; embryons euploïdes : 4,69). Ces associations étaient constantes quel que soit le type de transfert (frais ou congelé) et le protocole (valeurs p d’interaction > 0,05). Les phénotypes les plus liés à des issues défavorables incluaient l’adénomyose de la zone jonctionnelle, une zone jonctionnelle irrégulière ou interrompue, une déformation modérée à sévère de la cavité en échographie 3D, une atteinte myométriale >50 % et une maladie modérée à sévère selon la classification proposée.
A noter qu’en raison du taux élevé de transferts infructueux et de pertes de grossesse dans le groupe adénomyose, le nombre final de grossesses cliniques (540) était inférieur à la cible initiale (828). L’endométriose profonde n’a pas été systématiquement exclue à tous les examens pré-traitement, ce qui peut entraîner un biais résiduel.
Conclusions
L’adénomyose est confirmée associée à des issues de grossesse plus défavorables dans tous les types de cycles PMA et analyses. Au-delà du dépistage systématique, une stratification du risque basée sur le phénotype — site, type, sévérité, déformation de la cavité et atteinte myométriale — est essentielle pour un conseil personnalisé et pour guider le développement d’interventions thérapeutiques ciblées.
5/ Avenir de la médecine reproductive
Pour terminer, nous évoquerons la session prospective consacrée à l’avenir de la médecine reproductive (“Shaping the future of reproductive health: from tradition to science fiction”), associant une présentation de Varsha Jain sur les possibilités et les obstacles à la reproduction humaine dans l’espace à celle de Mats Brännström sur l’avenir comparé de la greffe d’uterus et de l’uterus artificiel
L26/O-123 « Reproduction in space! How far are we? » V Jain
L’objectif était essentiellement de répondre à la question : jusqu’où sommes-nous réellement capables d’envisager une reproduction humaine dans l’espace ? Comprendre dans quelle mesure la reproduction humaine est envisageable en milieu spatial en tenant compte des effets de la microgravité, des radiations, et des conditions spécifiques du vol spatial. La présentation s’ouvre sur une photo de Valentina Terechkova, première femme dans l’espace, qui a effectué un vol de 3 jours en orbite du 16 au 19 juin 1963 et a accouché le 8 juin 1964.
Les problématiques abordées de façon ambitieuse sont notamment l’effet de la microgravité sur les gamètes, les embryons et la reproduction, les effets des rayonnements spatiaux sur les ovocytes, les spermatozoïdes et l’embryon, la possibilité de réaliser fécondation, développement embryonnaire et gestation hors de la Terre, les difficultés liées à la grossesse et au développement fœtal en microgravité, les conséquences possibles sur le développement des systèmes musculosquelettique, cardiovasculaire et vestibulaire du fœtus, les questions de fertilité, naissance et développement d’un enfant dans un environnement spatial, et enfin, les très importantes questions éthiques et juridiques que poserait une reproduction humaine dans l’espace. Les données évoquées proviennent essentiellement de l’observation animale plus qu’humaine.
De façon générale, le séjour spatial provoque une succession d’adaptations physiologiques dont la cinétique varie selon les organes : immédiate pour le système vestibulaire, en quelques semaines pour les systèmes cardiovasculaire et hématologique, et plus prolongée pour l’os et le muscle. Les adaptations physiologiques à l’espace présentent des différences selon le sexe, mais celles-ci sont modestes et variables, et leur importance clinique reste encore insuffisamment connue. (Mark et al., 2014).
Les données expérimentales suggèrent que l’environnement spatial peut affecter plusieurs niveaux de la reproduction féminine : réserve folliculaire, qualité ovocytaire, fonction endocrine, maturation embryonnaire et fonction utérine : trois facteurs sont susceptibles d’altérer la fonction reproductive féminine : les radiations spatiales, la microgravité/hypergravité et le vol spatial lui-même. (Drago-Ferrante et al., 2022, DOI 10.3390/ijms23137465.)
Sont attribués aux radiations spatiales une baisse de la réserve ovarienne en follicules, avec augmentation de l’apoptose, des cassures de l’ADN et des dommages lipidiques oxydatifs dans les ovocytes et cellules de la granulosa ; une augmentation de la FSH; une augmentation possible des tumeurs épithéliales ovariennes.
Sont susceptibles d’être liés à la microgravité / hypergravité une augmentation de la durée du cycle, perturbation du développement des follicules secondaires, anomalies de la formation du fuseau méiotique, retard du développement embryonnaire jusqu’au stade blastocyste, une diminution du poids de naissance.
Enfin sont associés au vol spatial des cycles irréguliers ou absents (acyclic oestrous cycles), une augmentation de la FSH et diminution de la LH, une augmentation des contractions utérines pendant le travail.
Les données humaines actuelles indiquent qu’après un vol spatial, 83 % des astronautes hommes et 44 % des astronautes femmes ont eu au moins un enfant, l’âge moyen à la naissance du premier enfant est de 34,8 ans chez les femmes contre 29,2 ans chez les hommes. Les femmes astronautes ont tendance à différer leur grossesse jusqu’après leurs missions. Il est donc difficile de distinguer les effets propres du vol spatial (microgravité et de l’exposition aux rayonnements, stress, perturbation du rythme circadien et troubles du sommeil —) de ceux du retard de maternité lié à la carrière des astronautes, qui constitue probablement un facteur majeur. (Ronca et al., 2014 ; Cho et al., 2019 ; Grobacheva et al., 2023) Chez les astronautes féminines. la surveillance spécifique des grossesses permet l’observation de troubles hypertensifs gravidiques
L’hypothèse sur les dommages causés par les radiations cosmiques, notamment les particules à haute énergie (HZE), est qu’elles pourraient endommager les cellules reproductrices féminines et masculines via des voies de stress oxydatif et de dommages à l’ADN. L’exposition aux radiations varie selon la mission spatiale, les effets sur les ovaires sont considérés comme permanents, tandis que les effets masculins (testiculaires) seraient plutôt temporaires, avec possibilité de récupération. Les effets sur les follicules ovariens seraient liés aux particules HZE générant des radicaux libres (ROS, RNS), causant un stress nitroxydatif., des dommages à l’ADN (cassures doubles brins détectées par marqueurs γH2AX), une activation de la voie d’apoptose (protéines PUMA, caspase-3) entraînant une insuffisance ovarienne prématurée. Les effets sur les cellules germinales testiculaires chez l’homme par des mécanismes similaires de génération de radicaux libres et de dommages à l’ADN ménageraient néanmoins une possibilité de survie de certaines cellules souches spermatogoniales, permettant une possible récupération de la spermatogenèse.
La présentation se termine par deux diapositives, la première intitulée « What would happen to a woman if there was a pregnancy in space? » : Chez la femme enceinte, la grossesse entraîne des adaptations physiologiques importantes : augmentation du volume sanguin, du rythme cardiaque, du débit cardiaque, ainsi qu’une augmentation des besoins en calcium et en force musculaire pour l’accouchement. Le vol spatial provoque des effets opposés ou délétères : diminution des paramètres cardiaques, anémie spécifique, atrophie musculaire, pertes calciques. Ces effets conjoints peuvent compromettre la santé maternelle pendant la grossesse et l’accouchement.
La suivante porte la question: « What are the potential fetal implications with spaceflight? » ; Le développement fœtal peut être affecté dès la fécondation et tout au long de la gestation : croissance ralentie, augmentation de la mortalité, atrophie musculaire, troubles du système vestibulaire (équilibre), déséquilibre dans le développement des organes vitaux, et retards dans le développement postnatal. Ces impacts soulignent des risques majeurs pour le futur enfant, tant sur le plan physique que fonctionnel.
Les préoccupations liées à la présence de bébés dans l’espace diffèrent selon le type de vols. Les vols commerciaux soulèvent des questions d’éthique, de risque de radiation, de stress et manque de suivi pour les grossesses inconnues. Il existe aussi des inquiétudes sur les effets à long terme sur le fœtus et la fertilité maternelle. Les missions longues durées manquent souvent d’équipes spécialisées, d’échographies, et posent des défis pour l’alimentation des nouveau-nés (allaitement vs biberon), la santé reproductive, la masse osseuse, et la gestion de l’accouchement.
L’Agence spatiale européenne, précise l’oratrice, place la santé reproductive au cœur de sa stratégie de recherche, adaptant les études aux spécificités du milieu spatial.
Conclusion : La reproduction humaine dans l’espace est un défi multidimensionnel nécessitant un cadre solide de recherche, de suivi médical et d’encadrement éthique. Si la reproduction après vol spatial est possible, les risques et inconnues restent importants, notamment pour le développement fœtal et la santé maternelle en microgravité. La voie vers une reproduction viable dans l’espace passe par une approche globale intégrant science, technologie, médecine et réflexion éthique. L’oratrice termine par une citation de Mae Jemison, première astronaute afro-américaine : « Never limit yourself because of others’ limited imagination. »
L26/O-124 : Uterus transplantation versus artificial uterus Brännström M.
La transplantation utérine a émergé comme une avancée thérapeutique majeure permettant la parentalité gestationnelle chez les femmes atteintes d’infertilité absolue due à un facteur utérin, auparavant considérée comme incurable. La recherche a nécessité plus de dix ans de travaux précliniques avant l’introduction clinique structurée, appuyée par des essais cliniques publiés pour évaluer les résultats à court et long terme.
Depuis la première naissance vivante réussie en Suède en 2014, le domaine a connu un développement rapide à l’échelle mondiale, passant de la preuve de concept expérimental à des protocoles cliniques structurés. À ce jour, plus de 160 procédures de transplantation utérine ont été réalisées dans plus de 25 centres à travers le monde, aboutissant à plus de 80 naissances vivantes.
Le taux global de succès chirurgical est actuellement de 77%, avec de meilleurs résultats (jusqu’à 95% de succès chirurgical et plus de 90% de naissance vivante) atteints par des équipes expérimentées, notamment avec la chirurgie robotique.
Un suivi rigoureux est assuré par des registres mondiaux comme ISUTx et RPCA-UTx. Les enfants nés après transplantation utérine présentent un développement cognitif, neuropsychiatrique et physique normal lors des suivis jusqu’à 6 ans, rassurant sur la sécurité à long terme.
La transplantation utérine est désormais en transition du statut expérimental vers une option clinique reconnue, avec des avancées notables aux États-Unis, en Suède et en Inde.
Les alternatives à la transplantation utérine conventionnelle restent à l’état expérimental. La bio-ingénierie de l’utérus vise à générer un tissu utérin fonctionnel en ensemencant des cellules souches sur des tissus synthétiques ou décellularisés, Le principal avantage de cette approche serait d’éliminer les risques liés à un donneur chirurgical (pas de chirurgie pour prélever un utérus). Elle éviterait aussi les problèmes liés au rejet immunitaire, car le greffon serait personnalisé. Enfin, elle permettrait de se passer des traitements immunosuppresseurs, qui ont des effets secondaires importants.
Des études animales ont démontré le développement in vitro de tissu utérin bio-ingénieré et le soutien de la grossesse dans de petits modèles expérimentaux. Cependant, des défis majeurs subsistent, notamment la recellularisation efficace des compartiments myométriaux et endométriaux, et la création de pédicules vasculaires fonctionnels capables de soutenir une circulation adéquate après transplantation.
La bio-ingénierie utérine en est encore à une phase préclinique précoce. La recherche doit être élargie à plusieurs espèces, y compris les primates non humains (NHP). L’objectif est de passer de la reconstruction partielle de tissu utérin à la création d’un utérus complet, incluant les pédicules vasculaires nécessaires. Les perspectives indiquent que la réparation partielle de tissu pourrait être testée dans les 5 prochaines années, mais la création d’un utérus complet bio-ingénieré pourrait nécessiter plus de 10 ans avant d’être testée.
Parallèlement est explorée la technologie de l’utérus artificiel, appelée ectogenèse, dans laquelle le développement fœtal a lieu en dehors de l’environnement utérin physiologique. Une ectogenèse partielle, a été réalisée dans des modèles ovins. Cependant, une ectogenèse complète, y compris l’embryogenèse entièrement en dehors de l’utérus, reste difficile à envisager compte tenu de la complexité de la gastrulation, de la neurulation et de l’organogenèse. La recherche sur l’utérus artificiel humain est à un stade très précoce.Bien que l’utérus artificiel représente une vision fascinante et prometteuse, sa réalisation pratique est encore très éloignée dans le futur.
En conclusion, la transplantation utérine approche de la pratique clinique établie, tandis que les technologies de l’utérus bio-ingénieré ou entièrement artificiel restent en développement expérimental précoce, Take home message de M Brännström : « Transplantation utérine – un traitement efficace de l’infertilité. Utérus bio-ingénieré – pourrait arriver dans 5 à 15 ans. Utérus artificiel – pourrait arriver dans plus de 25 ans »
B/ SELECTION BEST OF BIOLOGIE par Marius Teletin
Résumer en quelques pages la richesse scientifique de l’ESHRE relève nécessairement d’un choix subjectif. Parmi les centaines de communications présentées à Londres, j’ai choisi de mettre en lumière quelques travaux qui m’ont particulièrement interpellé, moins comme un palmarès que comme autant de fenêtres ouvertes sur l’avenir de la médecine et de la biologie de la reproduction.
1/ De la conservation à la restauration : une première autogreffe de tissu testiculaire immature avec obtention de spermatozoïdes
E. Goossens et al. – L26/O-036, Restoring fertility after gonadotoxic treatment: first successful autologous transplant of immature cryopreserved testicular tissue in the human
C’est probablement l’une des communications les plus symboliques de cet ESHRE 2026. Depuis plus de vingt ans, du tissu testiculaire immature est cryoconservé chez des garçons prépubères exposés à des traitements hautement gonadotoxiques, alors même que la possibilité d’utiliser un jour ce tissu pour restaurer leur fertilité reposait jusqu’ici sur un pari : celui des progrès futurs de la science. Dans ces conditions, comment convaincre parents, jeunes patients et oncologues que la PF chez le garçon a réellement un sens ? Cette première démonstration chez l’homme apporte aujourd’hui un élément de réponse concret : ce pari scientifique commence peut-être à devenir une véritable perspective thérapeutique.
L’équipe d’Ellen Goossens rapporte le cas d’un patient atteint de drépanocytose dont le tissu testiculaire avait été cryoconservé à l’âge de 10 ans avant greffe de cellules souches hématopoïétiques, puis autogreffé 16 ans plus tard, à la fois dans le testicule et en sous-cutané scrotal. Un an après la greffe, les fragments ont été récupérés : une architecture tubulaire était conservée dans l’ensemble des greffons, mais des spermatogonies accompagnées d’une spermatogenèse active n’étaient retrouvées que dans deux des quatre greffons intratesticulaires. Et de surcroit, la digestion enzymatique de l’un de ces greffons a permis la récupération de spermatozoïdes. Aucun signe de spermatogenèse active n’a été identifié dans les greffons sous-cutanés.
Il ne s’agit encore que d’un cas, et ni la compétence fonctionnelle des spermatozoïdes obtenus ni leur capacité reproductive n’ont été démontrées. Il ne s’agit donc pas encore d’une restauration de la fertilité au sens d’une naissance. Mais une étape essentielle vient d’être franchie : un tissu testiculaire humain prépubère peut survivre à une cryoconservation de très longue durée, être autogreffé à l’âge adulte et reprendre une spermatogenèse permettant d’obtenir des spermatozoïdes. Cette observation pose également une question passionnante : pourquoi la spermatogenèse est-elle retrouvée dans les greffons intratesticulaires et non sous-cutanés ? Vascularisation, environnement paracrine, matrice extracellulaire, concentrations locales d’androgènes ou autres caractéristiques de la niche testiculaire constituent autant de pistes qui restent à explorer.
Par ailleurs, en lien direct avec les perspectives de restauration de la fertilité masculine par autogreffe de tissu testiculaire, Londres a accueilli la première réunion organisée sous l’égide de l’ESHRE du consortium international ORCHID-NET qui, à l’instar du réseau OvaNet pour la préservation de la fertilité féminine, réunit des experts de la préservation de la fertilité masculine afin de développer, harmoniser et faire progresser les stratégies permettant aux garçons exposés à des traitements gonadotoxiques de préserver et restaurer la fertilité masculine à l’âge adulte. Plusieurs centres français participent à ce consortium (e.g. Paris-Cochin, Rouen, Strasbourg).
2/ Infertilité masculine : quand génétique, reproduction et métabolisme se rencontrent
M. Schubert et al. – L26/O-319, Genome-wide association study identifies novel loci for semen parameters and testicular volume in idiopathic and unexplained male infertility
Pourquoi, chez plus de 70 % des hommes infertiles, ne parvenons-nous toujours pas à identifier une cause précise ? L’étude présentée par Schubert et al. apporte un éclairage original en ne considérant plus simplement l’infertilité comme un phénotype binaire, mais en étudiant quantitativement différents paramètres de la fonction testiculaire.
Les auteurs ont réalisé une étude d’association pangénomique (GWAS-Genome-Wide Association Study) chez 2 585 hommes infertiles, analysant près de 7,8 millions de variants génétiques en relation avec le volume testiculaire, la concentration spermatique, le nombre total de spermatozoïdes, la mobilité et la morphologie spermatique. Quatre loci atteignent le seuil de significativité : CACNB2 pour le volume de sperme, LOC284898 et ARL17B pour la morphologie spermatique, et TLL1 pour le nombre total de spermatozoïdes. Mais l’un des résultats les plus stimulants est la mise en évidence d’une architecture génétique partagée entre certains phénotypes d’infertilité et le métabolisme glucidique. Ces résultats ne fournissent pas demain matin un nouveau test diagnostique pour l’homme infertile. Ils suggèrent plutôt que certaines infertilités dites « idiopathiques » pourraient résulter d’une architecture polygénique complexe, au carrefour de la fonction reproductive et d’autres grandes fonctions physiologiques.
Cette observation permet aussi de prendre un peu de hauteur. Chez la levure, l’entrée en méiose et la sporulation sont intimement dépendantes de l’environnement nutritionnel. Chez l’homme, les mécanismes sont évidemment très différents, mais les relations entre état métabolique et fonction reproductive sont vraisemblablement interconnecté également.
3/ La puberté laisse-t-elle une empreinte durable sur la fertilité masculine ?
La puberté est habituellement considérée comme une transition conduisant à l’acquisition de la fonction reproductive. Cette étude pose une question différente : la manière dont cette transition se déroule pourrait-elle prédire la fonction testiculaire plusieurs années plus tard ? Les auteurs se sont appuyés sur une cohorte longitudinale exceptionnelle de garçons suivis annuellement entre 8 et 19 ans, notamment par la mesure du volume testiculaire. Les trajectoires individuelles de développement pubertaire ont ainsi pu être reconstituées, puis mises en relation avec les paramètres hormonaux et spermatiques à l’âge adulte.
Une trajectoire pubertaire plus lente était associée, à l’âge adulte jeune, à une FSH plus élevée, un volume testiculaire plus faible et une altération de certains paramètres spermatiques. Plus intrigant encore, des différences étaient également observées au niveau de marqueurs épigénétiques spermatiques. Ces données ne permettent évidemment pas d’affirmer qu’une puberté lente induit une infertilité ultérieure. Elles suggèrent que la trajectoire pubertaire pourrait constituer une véritable fenêtre sur le développement futur de la fonction testiculaire. Ces données invitent également à considérer la santé reproductive masculine comme une histoire qui commence bien avant la naissance et dont les différentes étapes, notamment la puberté et son timing, contribuent à façonner la spermatogenèse à l’âge adulte.
4/ Une minute chrono : la cryobiologie passe à la vitesse supérieure
La vitrification ovocytaire est devenue une technique de routine en AMP, mais les protocoles conventionnels de réchauffement comportent encore plusieurs étapes successives de dilution des cryoprotecteurs. Plusieurs travaux présentés à l’ESHRE 2026 ont exploré une approche beaucoup plus simple : un réchauffement ultrarapide en une seule étape, en une petite minute seulement. Cette thématique a d’ailleurs occupé une place importante dans la session
« Cryo reimagined: today’s protocols, tomorrow’s science ».
Parmi ces travaux, la communication orale de Cobo et al. (L26/O-224) constitue probablement l’une des démonstrations les plus convaincantes. Les auteurs ont étudié 2 383 ovocytes provenant de 202 cycles d’ICSI, en comparant notamment des ovocytes vitrifiés soumis à un one-step warming (OSW) à ceux réchauffés selon le protocole conventionnel [(conventionally warmed (CW)] , mais également, en comparant des sibling oocytes, des ovocytes vitrifiés à des ovocytes frais issus d’une même cohorte. Le protocole OSW repose sur une exposition d’une minute à 37°C dans la solution de réchauffement, sans les étapes successives habituelles de dilution des cryoprotecteurs. Chez les ovocytes vitrifiés, la survie était significativement supérieure avec l’OSW : 91,5 % contre 83,4 % CW avec le réchauffement conventionnel (p<0,001), sans différence significative du taux de fécondation (76,2 % vs 77,0 %), du taux de blastocystes utilisables (46,6 % vs 44,1 %) ou du taux de grossesse clinique. L’originalité du travail réside également dans l’utilisation d’une analyse morphologique par intelligence artificielle: ni le score de compétence ovocytaire ni la probabilité d’euploïdie estimée par l’IA n’étaient altérés par le réchauffement en une étape. Après ajustement, l’OSW était même associé à une probabilité supérieure d’obtenir un blastocyste utilisable (OR 1,52 ; IC95 % 1,09–2,11).
Ces résultats ne sont pas isolés. Dans la communication orale immédiatement suivante, Yaacobi-Artzi et al. (L26/O-225) retrouvent avec un protocole ultrarapide en une étape des taux de survie, de fécondation et de grossesse comparables au protocole standard, avec un signal en faveur d’un meilleur développement des blastocystes. Une étude française prospective bicentrique en sibling oocytes, Pocate et al. (Poster L26/P-306), retrouve également des taux comparables de survie, fécondation et blastulation entre réchauffement ultrarapide et conventionnel, apportant un argument supplémentaire en faveur de la non-infériorité de cette simplification.
Enfin, Tribbioli et al. (L26/P-241) ont abordé la question sous un angle particulièrement intéressant pour la pratique quotidienne des laboratoires. Sur 1 639 ovocytes manipulés par 8 embryologistes, le réchauffement ultrarapide améliorait la survie ovocytaire mais réduisait surtout très fortement la variabilité inter-opérateurs. La simplification du protocole pourrait donc apporter non seulement un gain de temps, mais également une meilleure standardisation et reproductibilité des pratiques.
Plusieurs travaux indépendants convergent donc vers une même conclusion : réduire à une seule étape d’environ une minute le réchauffement des ovocytes vitrifiés semble possible sans compromettre leur compétence développementale, tout en simplifiant considérablement le travail du laboratoire.
5/ Et si le plasma séminal pouvait nous renseigner sur ce qui se passe dans le testicule ?
M. Lazovska et al. – L26/P-007, Mitochondrial and germ-cell cfDNA signatures in seminal plasma track testicular spermatogenic activity in azoospermic men
Chez l’homme avec azoospermie, l’une des difficultés majeures reste de prédire avant une TESE ou une micro-TESE s’il existe quelque part dans le testicule des foyers résiduels de spermatogenèse. Les marqueurs actuellement disponibles sont imparfaits et l’information la plus fiable reste souvent obtenue… en allant directement chercher « à la source » dans le testicule.
Lazovska et collaborateurs ont exploré une piste particulièrement originale : l’ADN libre circulant (cell-free DNA – cfDNA) présent dans le plasma séminal. Leur hypothèse est que des fragments d’ADN mitochondrial et nucléaire provenant du testicule et des cellules germinales pourraient constituer une sorte de « marquer » reflétant l’activité de spermatogenèse efficace. Leurs résultats montrent que les signatures de cfDNA mitochondrial et nucléaire d’origine testiculaire dessinent un gradient moléculaire continu associé à la spermatogenèse et au résultat de la TESE chez les hommes avec azoospermie. Nous sommes encore loin d’un test utilisable en routine, et ces observations devront être validées dans des cohortes indépendantes et plus importantes. Mais le concept est particulièrement séduisant : et si, demain, une partie de l’information que nous allons chercher par la chirurgie dans le testicule pouvait être obtenue de manière non invasive dans le plasma séminal ?
Conclusion :
Ces cinq « nouvelles » sont très différentes, mais dessinent finalement un même mouvement. La médecine de la reproduction ne cherche plus seulement à ‘traiter’ l’infertilité lorsqu’elle est constatée : elle tente d’en comprendre les déterminants génétiques et développementaux, d’en identifier les signatures moléculaires, d’améliorer et simplifier nos technologies de laboratoire et, lorsqu’une préservation de fertilité masculine réalisée avant la puberté, de restaurer une fonction reproductive que l’on pensait définitivement perdue.
C/ SELECTION BEST OF ANDROLOGIE par Charlotte Methorst
Session 05 : Impact de la fonction spermatique sur les résultats reproductifs – Lundi 6 juillet 2026, 10 h 00–11 h 30 Présidence : Alberto Pacheco Castro (Espagne), Francesco Lotti (Italie)
1. La qualité ovocytaire module l’effet de l’âge paternel sur les résultats de l’ICSI
Auteure : Daniela Braga (Brésil)
Méthode : Recours à un système d’évaluation ovocytaire fondé sur l’IA afin d’analyser l’influence de l’âge paternel sur les résultats de l’ICSI.
Résultats :
Les ovocytes de haute qualité réduisent l’effet défavorable de l’âge paternel avancé sur la fécondation et le développement embryonnaire.
À l’inverse, les ovocytes de faible qualité accentuent cet effet, avec une diminution notable des taux de blastocystes et de naissances vivantes.
Implications cliniques :
Renforcer la sélection ovocytaire chez les couples dont l’homme est âgé (> 45 ans) afin d’améliorer les chances de succès.
Informer les patients sur les conséquences possibles de l’âge paternel, en particulier lorsqu’un don d’ovocytes est envisagé.
2. Effets protecteurs de l’incubation à l’astaxanthine sur l’intégrité de l’ADN et la fonction spermatique lors de la cryoconservation
Auteure : Theodosia Zeginiadou (Grèce)
Méthode : Incubation des spermatozoïdes avec de l’astaxanthine, un antioxydant puissant, avant la cryoconservation.
Résultats :
Diminution significative des lésions oxydatives de l’ADN spermatique, avec une fragmentation réduite de 30 %.
Progression de la motilité après décongélation, estimée à +20 %.
Hausse du taux de fécondation en ICSI, de l’ordre de +15 %.
Implications cliniques :
Ajouter l’astaxanthine aux protocoles de cryoconservation chez les patients présentant une infertilité masculine idiopathique ou une oligospermie sévère.
Limiter les échecs de FIV/ICSI associés à l’altération de l’ADN spermatique après décongélation.
3. Les cassures double brin de l’ADN spermatique comme indicateur du développement embryonnaire et du risque d’aneuploïdie
Auteure : Lily Ng (États-Unis)
Méthode : Réalisation, avant FIV/ICSI, d’un test mesurant les cassures double brin de l’ADN spermatique (dsDNA).
Résultats :
Chez les couples présentant un taux élevé de cassures dsDNA (> 20 %), on observe :
Un risque d’aneuploïdie embryonnaire multiplié par 2,5.
Une baisse de 40 % du taux d’implantation.
4. L’âge paternel avancé est associé à une baisse du taux de blastocystes et des naissances vivantes cumulées
Auteur : Maurizio De Rocco Ponce (Espagne)
Méthode : Étude rétrospective portant sur 1 021 cycles avec don d’ovocytes, les donneuses ayant en moyenne 28 ans.
Résultats :
Chez les hommes de plus de 50 ans :
Taux de blastocystes : diminution de 25 % par rapport aux hommes de moins de 35 ans.
Taux cumulé de naissances vivantes : baisse de 18 %.
Risque de fausse couche : augmentation de 12 %.
Cet effet demeure indépendant de l’âge maternel, les ovocytes provenant de donneuses jeunes.
Implications cliniques :
Sensibiliser les couples au risque associé à l’âge paternel, y compris lorsque des ovocytes de donneuse sont utilisés.
Proposer un accompagnement génétique afin d’évaluer le risque d’anomalies chromosomiques, notamment par PGT-A.
Discuter le recours au don de sperme lorsque l’homme a plus de 50 ans et que le couple a déjà connu plusieurs échecs.
La valeur prédictive du test est indépendante de l’âge et des paramètres spermatiques conventionnels (volume, motilité, morphologie).
Implications cliniques :
Intégrer ce test en pratique courante chez les couples ayant des échecs répétés d’implantation ou des fausses couches à répétition.
Ajuster la prise en charge : en cas de dsDNA élevé, privilégier l’ICSI associée à une sélection rigoureuse des spermatozoïdes, par exemple par IMSI.
5. Une fragmentation élevée de l’ADN spermatique est liée à une augmentation des anomalies chromosomiques embryonnaires
Auteur : Li Lou (Chine)
Méthode : Analyse rétrospective de 5 637 couples pris en charge en FIV/ICSI.
Résultats :
Fragmentation de l’ADN > 30 % selon le test TUNEL :
Aneuploïdie embryonnaire : augmentation de 50 %.
Fausses couches précoces : hausse de 35 %.
Naissances vivantes : diminution de 20 %.
Seuil d’alerte : une fragmentation supérieure à 25 % justifie une prise en charge ciblée.
Implications cliniques :
Rechercher systématiquement la fragmentation de l’ADN en cas d’infertilité inexpliquée ou d’échecs répétés.
Options thérapeutiques :
Traitement antioxydant : astaxanthine, vitamines C et E, coenzyme Q10.
Sélection spermatique optimisée par IMSI ou cytométrie en flux.
Adaptation du protocole : privilégier l’ICSI plutôt que la FIV conventionnelle.
6. Intégration de l’imagerie hyperspectrale assistée par IA pour prioriser la sélection des spermatozoïdes
Auteure : Rosa María Pacheco-Rendón (Espagne)
Méthode : Emploi de l’imagerie hyperspectrale couplée à l’IA pour évaluer la viabilité et la qualité des spermatozoïdes.
Résultats :
Précision de 92 % pour identifier les spermatozoïdes associés à une implantation réussie.
Diminution de 50 % du temps nécessaire à la sélection par rapport aux méthodes manuelles.
Taux d’implantation amélioré de 22 % dans les cycles tests.
Implications cliniques :
Déployer cette technologie dans les laboratoires d’AMP pour les couples présentant une infertilité masculine sévère.
Limiter les échecs liés à une sélection sous-optimale des spermatozoïdes.
Conclusion de la session : pistes pratiques pour la prise en charge
| Problématique | Solution proposée | Niveau de preuve | Recommandation |
| Âge paternel élevé | Sélection ovocytaire renforcée + PGT-A | Élevée (étude rétrospective) | Conseil systématique et adaptation des protocoles : ICSI ou don de sperme selon le contexte. |
| Fragmentation importante de l’ADN spermatique | Antioxydants et sélection avancée par IMSI/IA | Élevée (méta-analyse) | Test TUNEL systématique et prise en charge ciblée. |
| Cryoconservation spermatique | Incubation à l’astaxanthine | Modérée (étude pilote) | À intégrer aux protocoles de congélation. |
| Échecs d’implantation répétés | Test dsDNA et sélection assistée par IA | Élevée (étude prospective) | À envisager en seconde intention après des échecs inexpliqués. |
| Infertilité idiopathique | Imagerie hyperspectrale + IA | Modérée (étude en cours) | À tester dans les centres spécialisés. |
Session 23 : facteurs systémiques impliqués dans l’infertilité masculine – Lundi 6 juillet 2026, 15 h 15–16 h 30 Présidence : Nathalie Rives (France), Gulam Bahadur (Royaume-Uni)
1. Infertilité masculine et risque de cancer
Auteur : Jack Marozzi (Australie)
Méthode : Cohorte populationnelle menée en Nouvelle-Galles du Sud (Australie) sur 10 ans, incluant 50 000 hommes infertiles.
Résultats :
Risque de cancer augmenté chez les hommes infertiles :
×2,5 pour les cancers testiculaires.
×1,8 pour les cancers de la prostate en cas d’infertilité sévère.
×1,5 pour les lymphomes non hodgkiniens.
Le risque augmente avec la sévérité de l’infertilité, notamment en cas d’oligospermie < 5 M/mL par rapport à une normospermie.
Implications cliniques :
Mettre en place un dépistage systématique des cancers testiculaires et prostatiques chez les hommes présentant une infertilité sévère.
Associer un suivi urologique au long cours.
Informer les patients de cette augmentation du risque.
2. L’axe intestin-testicule favorise l’inflammation testiculaire, le vieillissement et l’altération de la spermatogenèse
Auteur : Philip C.N. Chiu (Hong Kong)
Méthode : Étude expérimentale sur modèles murins, complétée par l’analyse de biopsies testiculaires humaines.
Résultats :
Dysbiose intestinale : augmentation des cytokines pro-inflammatoires testiculaires, notamment TNF-α et IL-6.
Atteinte de la barrière hémato-testiculaire : infiltration macrophagique et stress oxydatif.
Réversibilité partielle : la restauration du microbiote, par probiotiques ou régime méditerranéen, améliore la spermatogenèse d’environ 30 %.
Implications cliniques :
Explorer le microbiote intestinal chez les hommes présentant une infertilité inexpliquée ou une oligospermie.
Associer des probiotiques, tels que Lactobacillus ou Bifidobacterium, aux traitements habituels.
Conseiller une alimentation anti-inflammatoire, riche en oméga-3 et en antioxydants.
3. L’évaluation quantitative de la liaison spermatozoïde–ovocyte (IZUMO1–JUNO) prédit le taux de fécondation en FIV
Auteure : Maria Liljander (Suède)
Méthode : Mesure par cytométrie en flux de l’expression des protéines IZUMO1 sur le spermatozoïde et JUNO sur l’ovocyte.
Résultats :
Une faible capacité de liaison IZUMO1-JUNO (< 50 %) est associée à :
Un taux de fécondation en FIV inférieur à 30 %, contre 70 % lorsque la liaison est normale.
Un risque plus élevé d’échec complet de fécondation, estimé à 10 % contre 2 %.
Seuil décisionnel : une liaison < 60 % justifie de recourir à l’ICSI.
Implications cliniques :
Proposer le test IZUMO1-JUNO en cas d’infertilité inexpliquée ou d’échecs de fécondation en FIV.
Adapter la stratégie d’AMP : privilégier l’ICSI lorsque la liaison est insuffisante.
4. Profil transcriptomique unicellulaire des anomalies de la spermatogenèse associées au diabète
Auteur : Zhe Zhang (Chine)
Méthode : Séquençage de l’ARN de cellules germinales isolées chez des hommes atteints de diabète de type 2.
Résultats :
Modification de l’expression génique affectant :
La maturation spermatique avec baisse de PRM1 et PRM2.
La réparation de l’ADN, avec diminution de BRCA1 et ATM.
Le métabolisme énergétique, marqué par une baisse de l’ATP synthase.
Association avec la sévérité du diabète, notamment lorsque l’HbA1c dépasse 8 %.
Implications cliniques :
Dépister systématiquement le diabète chez les hommes présentant une infertilité inexpliquée.
Améliorer l’équilibre glycémique avant toute tentative d’AMP.
Envisager un soutien antioxydant, par exemple métformine associée à la coenzyme Q10, afin de réduire les dommages oxydatifs.
5. Trois sources de signaux : vésicules extracellulaires du liquide folliculaire, du plasma séminal et des cellules souches mésenchymateuses
Auteure : Sysoeva Anastasiya (Russie)
Méthode : Analyse des vésicules extracellulaires et de leur contenu en microARN et protéines dans trois sources :
Le liquide folliculaire.
Le plasma séminal.
Les cellules souches mésenchymateuses.
Résultats :
Les vésicules issues du plasma séminal améliorent :
La motilité spermatique (+40 %).
La réaction acrosomique (+25 %).
Les vésicules dérivées des cellules souches réduisent le stress oxydatif (–35 %).
Application clinique : Injection de vésicules avant FIV/ICSI afin d’optimiser les résultats.
Implications cliniques :
Thérapie par vésicules extracellulaires en cours de développement pour les hommes présentant :
Une oligoasthénospermie sévère.
Des échecs répétés d’AMP.
À surveiller : essais cliniques de phase II en cours.
Conclusion de la session : implications pour la prise en charge
| Facteur systémique | Mécanisme | Solution proposée | Recommandation |
| Prédisposition au cancer | Inflammation persistante | Bilan urologique et surveillance prolongée | À intégrer au parcours des hommes infertiles. |
| Axe intestin-testicule | Dysbiose favorisant l’inflammation | Probiotiques et alimentation anti-inflammatoire | À associer aux traitements standards. |
| Diabète | Stress oxydatif et dérégulation génique | Équilibre glycémique et soutien antioxydant | Dépister puis optimiser l’état métabolique avant l’AMP. |
| Liaison IZUMO1-JUNO faible | Déficit de fécondation | Passage à l’ICSI | Test à intégrer en cas d’échecs de fécondation. |
| Vésicules extracellulaires | Amélioration potentielle de la qualité spermatique | Traitement par vésicules, encore en évaluation | À limiter aux centres spécialisés et aux essais cliniques. |
Message clé :
L’infertilité masculine ne se limite pas à une atteinte testiculaire : elle reflète aussi des facteurs métaboliques, inflammatoires et génétiques. Une prise en charge globale, associant mode de vie, dépistage des comorbidités et traitements ciblés, est indispensable pour optimiser les résultats.
Session 11 : Session d’échanges ASRM – Effet de l’optimisation de la santé sur les résultats reproductifs – Lundi 6 juillet 2026, 11 h 45–12 h 45 Présidence : Robert E. Brannigan (États-Unis), James Toner (États-Unis)
Présentation clé : mode de vie, métabolisme et reproduction masculine
Auteur : Robert E. Brannigan (États-Unis)
Principaux résultats et recommandations
1. Poids et IMC :
IMC > 30 : concentration spermatique réduite de 50 % et fragmentation de l’ADN augmentée de 30 %.
Perte de 10 % du poids : amélioration de la motilité (+20 %) et de la morphologie (+15 %).
Recommandation :
Viser un IMC < 25 avant l’AMP.
Adopter un régime méditerranéen riche en oméga-3, légumes et noix, associé à 30 minutes d’activité physique par jour.
2. Tabagisme :
Chez les fumeurs, la fragmentation de l’ADN est doublée et le taux de fécondation diminue de 40 %.
Après l’arrêt du tabac, les paramètres peuvent se normaliser en 3 à 6 mois.
Recommandation :
Arrêter complètement le tabac avant toute tentative d’AMP.
Proposer une substitution nicotinique si nécessaire.
3. Alcool :
Une consommation supérieure à 14 unités par semaine est associée à une baisse de la testostérone d’environ 20 % et à une altération de la morphologie spermatique.
Recommandation :
Limiter la consommation à 7 unités par semaine, soit environ un verre par jour.
4. Stress oxydatif :
Facteurs favorisants : pollution, pesticides et métaux lourds, notamment plomb et cadmium.
Effets : augmentation de la fragmentation de l’ADN et de l’apoptose des spermatozoïdes.
Recommandation :
Proposer une supplémentation antioxydante adaptée au profil du patient :
Coenzyme Q10 : 200 mg/jour, associée à une réduction de 30 % de la fragmentation.
Vitamines C et E : 1 g/jour, avec une amélioration de 15 % de la motilité.
Sélénium et zinc : 50 µg + 15 mg/jour, associés à une amélioration de la morphologie.
5. Perturbateurs endocriniens :
L’exposition aux phtalates, présents notamment dans les plastiques, est associée à une diminution de la testostérone et à une altération de la spermatogenèse.
Recommandation :
Privilégier les contenants en verre plutôt qu’en plastique.
Réduire l’usage de cosmétiques contenant des parabènes ou du triclosan.
6. Sommeil :
Un sommeil inférieur à 6 heures par nuit est associé à une baisse de la testostérone d’environ 15 % et à une diminution de la libido.
Recommandation :
Dormir 7 à 8 heures par nuit et se coucher avant 23 h afin d’améliorer la qualité du sommeil.
Conclusion : leviers pratiques pour la prise en charge
| Facteur de mode de vie | Impact sur la fertilité | Recommandation | Délai pour effet |
| Obésité (IMC > 30) | Baisse de la concentration spermatique et hausse de la fragmentation de l’ADN | Régime méditerranéen et activité physique, avec un objectif d’IMC < 25 | 3–6 mois |
| Tabagisme | Fragmentation accrue de l’ADN et diminution du taux de fécondation | Arrêt complet du tabac, avec substitution nicotinique si nécessaire | 3–6 mois |
| Alcool (> 14 unités/sem) | Baisse de la testostérone et altération de la morphologie spermatique | Limiter la consommation à 7 unités par semaine | 1–2 mois |
| Stress oxydatif | Fragmentation accrue de l’ADN et augmentation de l’apoptose | Supplémentation antioxydante : CoQ10, vitamines C/E, sélénium et zinc | 2–3 mois |
| Perturbateurs endocriniens | Diminution de la spermatogenèse | Réduire l’exposition aux plastiques, cosmétiques à risque et pesticides | Variable |
| Manque de sommeil | Baisse de la testostérone et de la libido | Dormir 7 à 8 heures par nuit et se coucher avant 23 h | 1–2 mois |
Message clé :
L’amélioration du mode de vie constitue un levier essentiel pour renforcer la fertilité masculine. Une prise en charge préventive, idéalement engagée 3 à 6 mois avant l’AMP, peut augmenter les chances de succès en réduisant la fragmentation de l’ADN et en améliorant les paramètres spermatiques.
Session 18 : stratégies régénératives émergentes pour les gamètes et la fonction ovarienne en AMP– Lundi 6 juillet 2026, 14 h 00–15 h 00 Présentation pertinente : Les vésicules extracellulaires tubaires issues de trompes humaines et d’organoïdes dérivés favorisent le maintien de la capacité fécondante des spermatozoïdes Auteur : Nicolas Gatimel (France)
Résultats et implications cliniques
Méthode : Incubation des spermatozoïdes avec des vésicules extracellulaires dérivées des trompes utérines et d’organoïdes tubaires afin de soutenir leur capacité fécondante.
Résultats :
Après incubation avec les vésicules, la motilité augmente de 30 % et la viabilité de 25 %.
Le taux de fécondation en FIV progresse d’environ 20 %.
Effet prolongé : les bénéfices persistent jusqu’à 24 h après l’incubation.
Mécanisme :
Ces vésicules transportent des microARN (miR-21, miR-145) capables de favoriser la maturation spermatique.
Elles contribuent aussi à réduire le stress oxydatif par activation de la voie NRF2.
Implications cliniques :
Application possible chez les hommes présentant :
Une oligoasthénospermie idiopathique.
Des échecs répétés de fécondation en FIV.
Protocole envisagé : incubrer le sperme avec les vésicules 1 h avant l’ICSI ou la FIV.
À suivre : essais cliniques de phase I/II en cours.
Conclusion pour la prise en charge
Thérapie par vésicules extracellulaires : une approche prometteuse pour améliorer la qualité spermatique en AMP, en particulier dans les situations d’infertilité masculine sévère.
Applications cliniques de l’IA en andrologie – ESHRE 2026
Sélection spermatozoïdaire : vers une andrologie de précision
Présentations principales :
- Session 05 : Integrating AI-driven hyperspectral sperm imaging for prioritisation of spermatozoa associated with embryo implantation (Rosa María Pacheco-Rendón, Espagne).
- Session 21 : Rewriting embryo selection through hidden signals (incluant des applications pour le sperme).
Technologies et résultats
| Technologie | Principe | Résultats (ESHRE 2026) | Avantages |
| Imagerie hyperspectrale + IA | Analyse de la signature spectrale des spermatozoïdes entre 400 et 1 000 nm. | Précision de 92 % pour prédire les spermatozoïdes associés à une implantation réussie, avec une réduction de 50 % du temps de sélection par rapport aux méthodes manuelles. | Objectivité, rapidité et détection de marqueurs invisibles, comme le stress oxydatif. |
| IA + Morphologie (CASA) | Analyse automatisée de la morphologie des spermatozoïdes, notamment la tête et le flagelle, par apprentissage profond. | Corrélation de 85 % avec les résultats de fécondation en ICSI, contre 60 % pour l’analyse manuelle. | Standardisation des critères et réduction de la variabilité entre opérateurs. |
| IA + Motilité (CASA 4.0) | Suivi en temps réel de la trajectoire et de la vitesse des spermatozoïdes. | Identification de trois sous-populations de spermatozoïdes — rapides, lents et immobiles — associées à des taux d’implantation distincts. | Personnalisation grâce à une sélection ciblée des spermatozoïdes rapides et stables. |
| IA + Fragmentation de l’ADN | Association de marqueurs fluorescents, comme le TUNEL, et d’algorithmes de segmentation. | Détection précoce des spermatozoïdes à risque, avec une fragmentation > 20 % et une sensibilité de 95 %. | Réduction des échecs d’implantation liés à une altération de l’ADN spermatique. |
Implications cliniques
Patients concernés :
Couples avec échecs répétés d’ICSI/FIV.
Hommes avec infertilité idiopathique ou oligoasthénospermie sévère.
Patients avec fragmentation élevée de l’ADN (> 20 %).
Protocole type :
Prélèvement de sperme, puis analyse par IA hyperspectrale en 10 à 15 minutes.
Sélection automatisée des 5 à 10 spermatozoïdes les plus prometteurs, selon la motilité, la morphologie et l’intégrité de l’ADN.
Injection en ICSI des spermatozoïdes sélectionnés.
Bénéfices attendus :
Hausse du taux d’implantation de 20 à 30 % par rapport à la sélection manuelle.
Baisse du taux de fausses couches d’environ 15 %, grâce à la réduction de la fragmentation de l’ADN.
Réduction du temps de laboratoire de 30 à 50 % grâce à l’automatisation.
Prédire les résultats en AMP : l’IA comme outil d’aide à la décision
Présentations clés :
Session 21 : Blastocoel fluid RNA predicts pregnancy outcome (Caroline Frisendahl, Suède) — résultats potentiellement extrapolables au sperme.
Session 05 : Oocyte quality modulates the impact of paternal age (Daniela Braga, Brésil) — modèles prédictifs intégrant l’IA.
Outils et résultats
| Outil | Données analysées | Prédiction | Précision |
| SpermAI (Deep Learning) | Paramètres spermatiques (motilité, morphologie, ADN) + données cliniques (âge, IMC). | Probabilité de succès en ICSI, exprimée de 0 à 100 %. | AUC = 0,89, soit environ 89 % de précision. |
| EmbryoSperm Score | Combinaison sperme + ovocyte (IA + imagerie hyperspectrale). | Taux d’implantation et risque de fausse couche. | AUC = 0.91. |
| Paternal Age Impact Model | Âge paternel + qualité du sperme + qualité de l’ovocyte. | Impact de l’âge paternel sur le taux de blastocystes et de naissances. | AUC = 0.85. |
Implications cliniques
Conseil personnalisé :
Exemple : chez un homme de 48 ans présentant une fragmentation de l’ADN à 25 % et une motilité à 40 %, SpermAI estime le taux de succès en ICSI à 35 %.
Stratégie :
Si le score est inférieur à 40 %, discuter un don de sperme ou une optimisation préalable : antioxydants et amélioration du mode de vie.
Si le score dépasse 60 %, poursuivre avec une ICSI associée à une sélection par IA.
Optimisation des protocoles :
Éviter les cycles peu utiles : si le score prédit un taux de succès inférieur à 20 %, envisager une alternative, comme le don de sperme ou l’adoption.
Prioriser les prises en charge en orientant les ressources vers les couples ayant les meilleurs scores prédictifs.
Diagnostic et pronostic : l’IA au service de l’infertilité masculine
Présentations clés :
Session 23 : Single-cell transcriptomic landscape of spermatogenic abnormalities in diabetes (Zhe Zhang, Chine) — utilisation de l’IA pour analyser les données omiques.
Session 05 : Assessment of dsDNA breaks as a proxy for predicting embryo development (Lily Ng, États-Unis) — recours à l’IA pour analyser les cassures de l’ADN spermatique.
Outils et résultats
| Outil | Application | Résultats | Impact clinique |
| SpermOmics | Analyse transcriptomique et métabolomique des spermatozoïdes. | Identification de biomarqueurs associés à l’infertilité idiopathique. | Diagnostic étiologique dans 30 % des cas jusque-là inexpliqués. |
| DNA Fragmentation AI | Détection automatisée des cassures dsDNA par IA et microscopie. | Sensibilité de 95 %, contre 70 % avec les méthodes manuelles. | Dépistage précoce des patients à risque d’échec de prise en charge. |
| Testicular Ultrasound AI | Analyse des échographies testiculaires par apprentissage profond. | Détection de lésions microkystiques liées à l’azoospermie avec 90 % de précision. | Réduction des biopsies inutiles lorsque l’IA prédit une azoospermie non obstructive. |
Implications cliniques
Diagnostic étiologique :
Exemple : chez un patient avec infertilité idiopathique, SpermOmics identifie une déficience en PRM1, orientant vers une prise en charge ciblée, comme une supplémentation en zinc.
Prédiction de la réponse aux traitements :
Exemple : chez un homme avec oligospermie, l’IA estime à 70 % la probabilité de réponse aux antioxydants, par exemple CoQ10 et vitamine E.
Réduction des examens invasifs :
Échographie testiculaire couplée à l’IA : éviter jusqu’à 50 % des biopsies inutiles lorsque le modèle prédit une azoospermie non obstructive.
Optimisation des protocoles de cryoconservation
Présentation clé :
Session 05 : Protective effects of Astaxanthin incubation on DNA integrity and sperm function during cryopreservation (Theodosia Zeginiadou, Grèce) — utilisation de l’IA pour mesurer l’efficacité des protocoles.
Technologie et résultats
Outil : CryoAI, algorithme évaluant l’effet des protocoles de congélation sur la viabilité spermatique.
Données analysées :
Paramètres spermatiques avant et après congélation : motilité, morphologie et intégrité de l’ADN.
Caractéristiques du protocole : vitesse de congélation, type de cryoprotecteur et température.
Résultats :
Prédiction de la survie spermatique avec une précision de 90 %.
Optimisation automatisée des protocoles de congélation.
Exemple : pour un échantillon avec une fragmentation de l’ADN à 20 %, CryoAI recommande :
Ajouter de l’astaxanthine, avec une survie augmentée de 30 %.
Privilégier une congélation lente plutôt qu’une congélation rapide afin de limiter les dommages oxydatifs.
Impact clinique :
Réduction de 40 % des échecs après décongélation.
Diminution de 25 % des coûts de cryoconservation grâce à une meilleure utilisation des échantillons.
Perspectives 2026–2030 : innovations attendues
| Technologie | Application potentielle | Statut | Impact attendu |
| IA + Robotique | Sélection et injection automatisées des spermatozoïdes par robot ICSI. | Prototype (2027) | Précision accrue et temps de laboratoire réduit grâce à la limitation des erreurs humaines. |
| IA + Génomique | Analyse génomique complète du sperme pour repérer des mutations telles que CFTR ou AZF. | Recherche (2028) | Diagnostic étiologique possible dans 50 % des cas jusque-là inexpliqués. |
| IA + Microfluidique | Tri automatisé des spermatozoïdes à l’aide de puces microfluidiques couplées à l’IA. | Essais cliniques (2026) | Pureté accrue de l’échantillon par élimination des spermatozoïdes endommagés. |
| IA + Blockchain | Traçabilité sécurisée des échantillons de sperme, du don à la congélation puis à l’utilisation. | Déploiement (2027) | Sécurité renforcée et réduction des erreurs, notamment des risques de mélange d’échantillons. |
| IA + Réalité Augmentée | Formation des embryologistes par simulations en réalité augmentée assistées par IA. | Déploiement (2026) | Compétences renforcées des équipes et réduction de la variabilité entre opérateurs. |
Conclusion : l’IA, un tournant pour l’andrologie ?
Oui, avec quelques conditions.
- L’IA est déjà utilisée en andrologie, avec des applications cliniques établies : sélection des spermatozoïdes, prédiction des résultats et optimisation de la cryoconservation.
- Les bénéfices sont concrets :
- Amélioration du taux de succès en AMP de 20 à 30 %.
- Réduction des coûts grâce à la diminution des échecs et à l’optimisation des protocoles.
- Diagnostic plus précis, avec 30 % des cas jusque-là inexpliqués clarifiés.
- Des obstacles persistent :
- Coût : investissement initial élevé.
- Formation : montée en compétence indispensable des équipes.
- Acceptation : adhésion nécessaire des patients et des cliniciens.
Résumé des messages clés par session
| Session | Message principal | Action immédiate pour les cliniciens |
| Session 05 : Fonction spermatique | L’âge paternel et la fragmentation de l’ADN influencent fortement les résultats en AMP. | Intégrer les tests de fragmentation et adapter les protocoles, notamment ICSI et PGT-A. |
| Session 23 : Facteurs systémiques | L’infertilité masculine s’inscrit aussi dans un contexte métabolique et inflammatoire. | Dépister les comorbidités, comme le diabète ou l’obésité, et optimiser le mode de vie. |
| Session 11 : Optimisation de la santé | Le poids, le tabac, l’alcool et le sommeil modulent directement la fertilité masculine. | Proposer un accompagnement systématique sur l’hygiène de vie et les antioxydants. |
| Session 18 : Stratégies régénératives | Les vésicules extracellulaires ouvrent une piste prometteuse pour améliorer la qualité spermatique. | Suivre les essais cliniques et réserver ces approches aux centres spécialisés. |
Conclusion générale :
Le congrès ESHRE 2026 souligne l’intérêt d’une prise en charge globale et personnalisée de l’infertilité masculine. Les innovations technologiques, comme l’IA, l’imagerie hyperspectrale et les vésicules extracellulaires, ainsi que la meilleure compréhension des facteurs liés à l’âge, au mode de vie et aux comorbidités, offrent de nouveaux leviers pour améliorer les résultats en AMP.
Les priorités sont les suivantes :
Réaliser un bilan complet, associant spermogramme et tests avancés.
Optimiser le mode de vie dans les 3 à 6 mois précédant l’AMP.
Adapter les techniques d’AMP, notamment ICSI, PGT-A et sélection assistée par IA.
Assurer un suivi pluridisciplinaire avec urologue, endocrinologue et nutritionniste.
Nous espérons que, malgré l’immensité des sujets présentés à Londres et non résumés ici, vous avez fait bonne lecture, satisfaisant partiellement votre curiosité
